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M. de Romanzow nous a quittés avant-hier Le

résultat du séjour de ce ministre me paraît avoir été entièrement nul. Toujours flottant, tantôt confiant et tantôt découragé, son dé?ir de faire la paix maritime n'a pas été couronné de plus de succès que mallieureusement ne me paraît devoir l'être celui de conserver la paix continentale. Je l'ai vu assez pour le juger dans ses rapports tant avec sa Cour qu'avec celle de France. Un grand changement qui s'est opéré en lui est celui de la conviction, — si ce mot peut être employé pour un homme qui en change journellement, — que la Russie n'a pas employé le véritable moyen, ou plutôt qu'elle pouvait en employer d'autres pour conserver la paix. Il ne m'a pas paru éloigné, ces derniers jours, de l'idée d'établir enti^e les ti^ois puissances un concert qui porterait sur un arrangement génélal propre à maintenir la paix. C'est là l'extension que, dans les tout derniers moments, il a donnée à son idée de garantie. II ne put rien m'objecter quand je lui fis remarquer que c'était dès la paix de Tilsit, et même encore à l'époque de l'entrevue d'Erfurt, en étendant cette entrevue aux trois Empereurs ou en y appelant au moins un ministre autrichien, que le susdit

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projet n'eût point e'të chimérique. II ne me paraît pas inutile d'ajouter ici un fait que je tiens de source certaine et qui eert à tixer irrévocablement Topinion sur le côté qui a désiré la continuation d'un état de tension très-facile à changer en état de brouille; Alexandre avait, lors de Tentrevue d'Erfurt, témoigné le désir que l'Autriche fût appelée en tiers. Napoléon s'y refusa.

Je le répète, si la Russie l'eût voulu, elle maintenait la paix en Europe. Si, au lieu d'être caressante pour la France et menaçante envers l'Autriche, elle eût joué avec lu plus entière impassibilité, avec la justice la plus impartiale, le rôle de médiateur, de conservateur armé de la paix, la guerre eût été évitée. Mais le Cabinet qui s'est assez mépris dans son jeu pour menacer ceux qu'il devait rassurer, et pour cajoler au contraire la puissance qui de loin préparait et amenait l'état actuel des choses, ne pouvait m'offrir dans son chef que les habituelles disparates qu'effectivement je rencontrai en lui.

Dans le dernier entretien que j'eus avec M. de Romanzow, il appuya constamment sur ce qu'il craignait que ma Cour ne fût induite en erreur, et qu'elle ne crût que lui Romanzow voulait nous encourager à la guerre. Je le rassurai complètement sous ce rapport, et je ne puis mieux me conformer à son vœu qu'en exprimant ici ma conviction la plus intime que personne ne redoute plus que ce ministre l'explosion qu'il n'entrevoit que trop prochaine, et que nul n'est plus pacifique que lui; mais si ses vœux ne le cèdent en rien aux nôtres pour le maintien de la paix, malheureusement il s'est trompé et se trompera toujours sur les moyens de maintenir et d'assurer cette paix tant désirée par lui et par nous

M. de Romanzow me fournit dans la dernière heure de son séjour une preuve qui appuie irrésistiblement la thèse que j'avance au commencement de la présente dé(iéche, sur la nullité des résultats du séjour de ce ministre à Paris. Il me dit que vingt motifs devraient le retenir ici, mais que le vœu de travailler à la conservation de la paix entre l'Autriche et la France le portait à accélérer son départ pour Pétcrshourg, Je ne pus lui cacher ma conviction qu'il aurait de la peine à finir

de loin ce que de près il n'avait pas même pu entamer, et je lui désignai comme le moment de ciise les quatre semaines qu'il passerait sur le grand chemin. Il ne put en disconvenir; et le fait du ministre des affaires e'trangères de Russie quittant Paris dans l'intention d'y faire de meilleures affaires par voie de courrier, offre assurément un de ces phénomènes politiques auxquels les derniers temps n'ont que trop habitué l'observateur impartial.

Les conversations particulières que M. de Romanzow a eues presque journellement avec l'Empereur influèrent beaucoup sur la versatilité des vues politiques de ce ministre. Il me dit un jour, par exemple, que le véritable motif de l'irritation de Napolé'^n contre nous se trouvait effectivement dans Vinquiétude que lui causaient nos armements. Il ne me fut pas difficile de lui prouver que TEmpereur des Français, inattaquable dans ses propres foyers, ayant la Confédération comme poste avancé contre nous, et la Russie comme soutien en cas d'attaque de notre part, se jouait de l'Autriche quand il prétendait être inquiété par ses mesures de défense; — par des mesures auxquelles s'est trouvée forcée une puissance que l'on a essayé de placer, au milieu du continent, dans un état de véritable blocus politique ; je comprenais que nos préparatifs de défense ne devaient pas lui convenir s'il avait l'intention de morceler l'Autriche; mais que s'il voulait notre conservation, la réorganisation de nos forces devait bien plutôt le satisfaire que le gêner. M. de Romanzow me répondit qu'assurément l'Empereur des Français ne pouvait pas nous craindre , mais que l'attention que nous le forcions de porter de notre côté l'empêchait de rien tenter de sérieux contre l'Angleterre. Il voulut me prouver la vérité de cette thèse par une foule de raisons qu'il me dit lui avoir été fournies par Sa Majesté elle-même; que sans nos armements l'Empereur aurait songé maintenant à la descente en Angleterre et à une expédition dans la Méditerranée. Il ne me fut pas plus difficile de réfuter ce second argument, que celui de Vinquiétude. « Gomment, lui dis-je, l'Empereur, sans épuiser entièrement son trésor, pourrait-il songer à retirer dans l'intérieur toutes -les armées, à les entre-

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tenir de ses propres deniers, à faire et la guerre d'Espagne et un armement nouveau et immense, maritime surtout? Si la guerre éclate, elle ne peut avoir lieu que parce que la France l'aura voulue, — et l'Empereur des Français la veut parce qu'il lui. faut une terre plus ou moins vierge à exploiter, qu'il a besoin d'occuper ses armées, de les entretenir aux dépens d autrui", etc., etc. M. de Romanzow contesta pas à pas mon raisonnement.

Il vint me trouver deux jours après cette conversation, etme répéta à peu près mot à mot les arguments dont je m'étais servi vis-à-vis de lui comme lui étant inspirés par un long entretien qu'il avait eu le matin avec l'Empereur. « Il lui faut de l'argent, me dit-il, il ne me l'a pas caché; il veut la guerre contre l'Autriche pour s'en procurer ; mais quand il l'aura Jînie, il viendra donc en chercher chez nous?^^

Au moment même de son départ, M. de Romanzow fut informé par le ministre des relations extérieures de la conclusion de la paix entre la Porte et l'Angleterre. M. de Champagny voulut l'engager à ajourner son voyage. Il n'y consentit pas.

LA P.AIX ENTRE I. ANGLETERRE ET LA PORTE, ET AUDIENCE DU CORPS DIPLOMATIQUE CHEZ NAPOLION.

(iSote 33, p.226,t. I.) 137. Metternicb à Stadion (E. D.), Paris, le 23 février 1809.

157. Mes derniers rapports vous ont informé, Monsieur le comte, de la sensation extrême que produisit ici la certitude de la conclusion de la paix entre la Porte et l'Angleterre. Il était très-naturel que l'on visât à nous en faire un grief. Dans un moment où on nous cherche noise sur tout, cette cause était trop belle à nous imputer pour qu'on pût y manquer. Il y aurait, en tout cas, tant de «bien joué» de notre part, que, sans les considérations relatives à la Russie, ce serait plutôt un sentiment de modestie, le désir de ne pas nous parer de ce qui nous

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