LA PAIX ENTRE L ANGLETERRE ET LA PORTE
est absolument étranger, qui pourrait nous porter à récuser l'honneur qu'on nous fait de l'un des événements les plus importants dans le moment actuel.
La correspondance entre M. de La Tour-Maubourg et notre internonce me semble offrir autant d'impudence de la part du premier que de mollesse dans la conduite du second *. Comment veut-on encore ne pas se convaincre que, tout en rendant à un agent finançais ce qu'on lui doit, il ne faut pas hésiter davantage à repousser l'insulte par l'attitude la plus énergique et la plus prononcée? Si M. de La Tour-Maubourg m'eùtadressé la lettre qu'il a osé écrire à un homme d'un caractère public aussi respectable que M. de Stûrmer, il eût été très-embarrassé d'exhiber ma réponse.
C'est par cette même considération que je regrette de ne pas avoir été chargé de porter ici une plainte formelle et officielle contre ce représentant
Le jour même de l'arrivée du courrier qui apportait l'importante nouvelle de la conclusion de la paix, je me suis rendu chez M. de Champagny. Je lui dis que j'avais reçu un courrier cette nuit. « Il m'annonce ce que vous savez depuis deux jours, et ce qui n'a pas moins étonné à Vienne qu'à Paris, la paix entre la Porte et l'Angleterre. Cette question nous est étrangère, mais nos missions à Constantinople viennent d'avoir une rencontre qui ne saurait nous l'être. »
« — M. de La Tour-Maubourg, me dit M. de Champagny,
* Voici ce qui donna lieu à cet échange de lettres très-vives : Dans une Note datée du 12 mars 1808 et adressée à l'internonce autrichien, Je comte de La Tour-Maubourg manifestait son étonnement de voir que ce dernier n'eût pas avisé officiellement la Poi te de la rupture des relations diplomatiques entre l'Autriche et Londres, rupture qui était un fait accompli, et que vis-à-vis de cette puissance, il se fût simplement borné à parler de cet événement comme d'une nouvelle répandue dans le public. « Je ne saurais vous dissimuler. Monsieur linternonce, écrivait le représentant de la France, que le langage des personnes qui parlent au ministère en votre nom est un autre sujet d'étonnement pour moi. Le système que vient d'adopter la Cour de Vienne ne peut avoir de bons effets, ni donner à l'Europe une paix prompte et solide, qu'autant qu'il sera suivi par les antres Cours de l'Europe. Il me paraît, en conséquence, surprenant qu'au lieu de soutenir et d'encourager les Turcs dans la guerre qu'ils ont avec l'Angleterre et de leur rappeler que cette puis-
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me parle effectivement d'une altercation qu'il a eue avec M. de Stiirmer, mais il n'entre dans aucun détail et promet de nous les envoyer par le premier courrier. »
(( — Je n'en suis pas étonné, repris-je ; on ne se vante guère de procédés pareils à ceux qu'il a eus. Je ne suis non-seulement pas chargé de vous en parler, mais on ne me munit même des pièces ayant rapport à cette affaire inconcevable que dans l'intention de me mettre en état de répondre aux questions qu'on me ferait. Ce n'est donc pas l'amliassadeur qui vous parle, mais le comte de Metternich qui s'empresse de vous fournir une nouvelle preuve à l'appui de son ancienne thèse, que ce sont vos agents à l'étranger qui en grande partie font le malheur de l'Europe; que ce sont eux qui, animés par je ne sais quel noir esprit, cherchent à embrouiller les choses tant qu'ils peuvent. Vous avez cru avoir des griefs contre l'un de nos ambassadeurs, l'Kmpereur mon Maître s'est plu à le rappeler; il vous fournit maintenant une preuve de modération, de laquelle je vous avoue que je ne me serais pas senti capable, en ne vous adressant pas très-catégoriquement la demande du rappel de M. de La Tour-^Iaubourg. »
Je lui fis lecture des correspondances. M. de Ghampagny ne put rien m'objecter qui pût le moins du monde servir la cause qu'il défendait.
il me dit qu'il serait peut-être chargé de me porter
plainte sur la part que l'on annonçait que notre internonce
sance n'a retiré de cette guerre que de la honte, les personnes qui parlent en votre nom ne s'occupent qu'à donner aux ministres des craintes imaginaires. Cette conduite, si peu conforme aux sentiments que Sa Majesté l'Empereur d'Autriche professe publiquement, me paraît assez singulière pour que je me croie obligé de la faire connaître à ma Cour. »
En réponse à cette Note, l'internonce impérial réfuta la supposition d'après laquelle il n'avait pas avisé officiellement la Porte du fait; voici la suite de sa réplique : « H m'est douloureux, Monsieur l'ambassadeur, de voir qu'on so fait un vrai plaisir de semer la discorde entre Votre Excellence et moi, de lui rendre suspectes des personnes qu'elle honorerait de sa bienveillance si elle les connaissait mieux, et de lui faire entendre que moi ou les miens sommes capables de tenir un langage et une conduite qui ne soient pas conformes aux sentiments du Maître que nous avons l'honneur de servir. »
{Note de F Éditeur.)