AUDIENCE DIPLOMATIQUE CHEZ NAPOLÉON
avait prise à la pacification entre les Turcs et les Anglais. Je lui répliquai que si jamais il me portait pareille plainte, je lui répondrais que l'internonce y avait eu une part tellement directe que, la paix déjà signée, il écrivit à Vienne que la négociation aux Dardanelles resterait sans doute suspendue |usqu'à Fissue de celle de Yassy. Il me demanda si je ne savais rien des conditions de la paix. Je lui dis que notre ignorance à ce sujet était une preuve nouvelle de notre complicité. Il est de fait qu ici on en sait aussi peu que chez nous.
Nous venions de recevoir l'annonce d'une audience diplomatique pour le lendemain. Je prévis la possibilité que l'Empereur m'apostrophât sur l'événement de Péra ; tout mon sang-froid n'aurait peut-être pas suffi, dans ce cas, à éviter une explication à laquelle je ne me sentais porté par aucun motif politique.
Nous nous rendîmes avant-hier dimanche, à onze heures du matin, aux Tuileries. Mon apparition y fait maintenant toujours événement. Nous fûmes introduits à l'audience ; l'Empereur s'approcha de moi et me demanda des nouvelles de la santé de madame de Metternich, phrase dont il se sert toujours vis-à-vis de moi quand il veut ne me rien dire. Je lui répondis qu'elle se portait toujours de même, et c'est à ce petit et très-petit incident que se trouva réduite la foule des spectateurs et des curieux. Il fit sa tournée, et, au retour, il demanda au ministre de Bavière, à voix basse, si les forteresses bavaroises étaient en état de défense , et surtout Passau.
Il s'approcha une seconde fois du ministre de Prusse et lui parla, dans les termes les plus amicaux, du voyage de son Maître en Russie.
Il demanda au marquis d'Almenara s'il n'avait pas laissé la Tui'quie en pleine anarchie. Le ministre espagnol lui répondit affirmativement.
Il dit enfin à M. l'ambassadeur de Russie : « Vous savez ce qui s'est passé à Constantinople entre l'internonce impérial et mon représentant ? » Le prince Kourakin lui répondit : « Oui,
Sire ; mais il me paraît qu'il faut atteudre des détails. » L'Empereur, sans s'arrêter à cette ol)jrcliou, proféra ces paroles remarquables : « Ils le veulent donc? Eh bien, ils verront ce que c'est. »
L'Empereur ne m'adressa plus la parole et finit l'audience. I II a dit depuis à plusieurs personnes de son intérieur qu'il me maltraitait, mais qu'il ne pouvait pas faire autrement, parce qu'on irai tait de même son ambassadeur à Vienne.