‹ MémoiresChapitre 92 sur 121 · RAPPORT PRINCIPAL SLR LA MISSION DE PARIS (I8IO · texte numérisé non relu

RAPPORT PRINCIPAL SLR LA MISSION DE PARIS (I8IO

à Taction, il attire sur eux l'attention générale de manière à ne plus pouvoir l'en détourner. Mais à ce moment-là il a déjà exécuté ce que la foule ne croyait encore qu'à Fétat de conception. Le côté extérieur des choses était le seul qui ne fût pas encore changé; mais tout, à l'intérieur, était depuis longtemps miné, détruit, refondu, lorsque tout à coup l'on voit apparaître une œuvre complète , au moment où il soulève le voile trompeur qui cachait encore la surface. Chacun de ses actes est un élément qui rentre dans un système général, chaque démarche isolée en apparence est un pas vers les différents huts qu'il poursuit. Aussi n'est-il pas hesoin d'examiner combien il est préjudiciable et dangereux de se tromper sur la nature de ces buts, combien il est funeste de se faire illusion sur le véritable état des choses.

La France est loin d'être heureuse. Courbés sous un sceptre de fer, épuisés par une fiscalité sans exemple, écrasés d'impôts, ruinés par l'entière destruction du commerce, les Français ne pourraient supporter leur situation intérieure, si la tristesse de cette situation comparée à celle des pays étrangers n'était pas adoucie par un calme apparent succédant à de longs orages, et par des charges moins lourdes, après tout, que celles qui pèsent sur le reste de l'Europe. Quelle garantie de repos intérieur ne se trouve pas dans la satisfaction du citoyen français qui, sans éprouver la moindre secousse, voit autour de lui tous les Etats tomber l'un après l'autre, et qui, dans ce calme relatif, se figure être plus heureux que tous les autres peuples européens? Les caisses publiques sont vides, celles du Souverain sont pleines. Par la création d'un domaine extraordinaire dont fait partie tout ce qui afflue de l'étranger, ce dernier s'est assuré, dans une très-large mesure, la possibilité de subvenir aux besoins de l'Etat, en ayant l'air de n'user que des ressources particulières de la Couronne. La France est incontestablement l'Etat le plus riche du continent, et, au point de vue financier, elle peut défier toute autre puissance.

// 7i'f a pas à songer à un mouvement quelconque dans la France ancienne.

Quant aux sentiments qui régnent dans les États confédérés, "• 26

il faut distinguer ceux des princes et ceux des peuples. Les uns et les autres partagent l'espérance d'un avenir meilleur; mais les princes, obéissant exclusivement à des considérations personnelles, liés par des engagements qu'il ne leur est plus possible de rompre, ne se laisseront plus entraîner aujourd'hui, comme jadis, à s'unir contre la France. Ce qu'on peut attendre du sentiment national chez les peuples allemands, les vin^^t dernières années le disent assez.

Dans les derniers temps, la guerre d'Espagne a pris une tournure qui ne laisse plus guère à la France l'espoir d'un dénoûment heureux. D'après les nouvelles les plus récentes, la situation de 1 armée de Masséna, dans le Portugal, est des plus critiques. Jamais Napoléon ne renoncera entièrement à cette entreprise; cela n'est pas douteux pour celui qui connaît le caractère du conquérant. Quant aux modifications f|u'il apporterait à ses plans en cas de revers sérieux, on peut d'autant moins les déterminer à Tavance. que l'état de ses affaires dans la Péninsule est nouveau pour lui, et plus encore pour tout observateur étranger.

Il me semble toutefois que, dans le cas où les armes françaises seraient absolument malheureuses, on peut tirer hardiment deux conclusions : 1 une, c'est que des revers en Esyjagne seraient invariablement le signal de nouvelles révolutions sur d'autres points ; l'autre, c'est qu'étant donnée la situation actuelle de la France, même en admettant l'hypothèse la plus favorable pour les Espagnols, la guerre au delà ou même en deçà des Pyrénées ne devra être considérée, par toutes les autres puissances menacées, que comme une diversion partielle et peu capable de changer les conditions de l'ensemble; somme une diversion qui n'aurait une véritable valeur militaire que si une puissance engagée dans une guerre avec la France remportait de grands et sérieux avantages.

L'Angleterre se trouve dans une situation fort critique. Autant il est certain que le continent supporte la principale et la plus lourde des charges qu'entraîne pour tous la continuation de la guerre, autant il est vrai que l'Angleterre ressent le contrecoup de cet état de choses. Personne ne peut prévoir laquelle

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