RAPPORT PRINCIPAL SIR LA MISSION DE PARIS
de perdre sans aucune compensation l'objet de notre délibération, la Galicie, lorsque la guerre de Russie serait terminée.
Je m'abstiens de toute réflexion sur le profit ou le dommage qui résulterait pour l'Autriche du rétablissement d'un Royaume de Pologne. Napoléon n'a qu'un mot à dire pour que la Pologne surgisse comme un corps considérable et puissant. Pour réussir dans cette entreprise, il n'a pas besoin de notre concours. Si dans cette question, qui, à l'époque où la France était impuissante, se débattait exclusivement entre l'Autriche, la Russie et la Prusse, notre voix avait aujourd'hui quelque chance d'être écoutée, si la résurrection de la Pologne ne devait pas nous coûter de tro'p grands sacrifices, je trouverais de l'avantage pour nous dans le rétablissement de cette vieille Monarchie. Je ne me permets cette réflexion qu'en passant; car je suis loin de mêler à \ inévitable des consiàérations sur ce qui est utile ou nuisible.
Une observation toute naturelle est la suivante, qui est fondée sur le rapprochement entre les propositions d'échange que Napoléon m'a faites à Paris et les plans que, jusqu'à ce jour, on a attribués à ce monarque. L'observateur impartial est en droit de se faire cette question : Gomment Napoléon peut-il vouloir aujourd'hui rapprocher une seconde fois l'Autriche de l'Italie et avoir l'intention de sacrifier ses communications directes avec la Porte?
Ce point de vue se prête certainement à un examen approfondi. On peut toutefois répondre à cette question, si l'on considère la marche politique que ce monarque suit en général. Il sacrifie toujours le petit au grand; aussi, le jour où la guerre avec la Russie sera une chose résolue, le rétablissement de la Pologne sera le but qu'il poursuivra en première ligne ; cela ne saurait faire l'objet d'un doute. Mais, même en admettant cette hypothèse, nous serons, par le fait, plus fondés à agir avec la plus grande prudence et à écarter de nos plans toute initiative prématurée.
Après avoir exposé à Votre Majesté l'état actuel des choses, après l'avoir examiné en m'appuyant sur des faits, j'oserai, Sire, dans les graves circonstances que traversent l'Empereur
il4 RECUEIL DE DOCUMENTS (1-73-1815).
(l'Autriche et votre au(juste Maison, prier Votre Majesié de me tracer de la manière la plus nette la marche politique que nous aurons à suivre.
Sauf meilleur avis , la conduite qu'il nous faudrait tenir serait, selon moi, la suivante :
1" Votre Majesté contribuerait au maintien de la paix entre la France et la Russie, autant que cela pourrait se faire, par les voies diplomatiques. Au non^bre des moyens de négociation, je compte :
a. A l'égard de la France, une attitude excluant tout désir d'étendre les limites actuelles de la Monarchie ;
b. A l'égard de la Russie, la persévérance dans notre conduite actuelle, qui est basée sur ce fait, que nous voulons dissiper toute crainte non fondée que pourraient faire naître nos rapports politiques avec la France, et ôter aux Russes l'espérance trompeuse d'une alliance effective de l'Autriche avec eux.
2* Si la guerre est inévitable malgré les efforts de Votre Majesté, et si nous sommes assez heureux pour atteindre l'époque où elle éclatera sans être trop tourmentés par les sollicitations de la France, Votre Majesté devrait saisir le premier moment favorable pour entamer des négociations relativement à la cession, moyennant dédommagement, d'une partie de la Galiciequi serait à déterminer, en tenant compte de la question militaire et de la question financière.
3" A titre de compensation, Napoléon offre toute l'Illyrie actuelle. Il me semblerait désirable d'obtenir :
a. L'Illvrie, en y comprenant la Dalmatie, les îles de Quarnero, l'istric vénitienne jusqu'à la limite formée par l'Isonzo;
b. La haute Autriche, du moins la partie cédée du district du Hausruck, et, si c'est possible, la partie autrefois limitée par rinn ;
c. Une partie de la Silésie; cette compensation, toutefois, ne serait que conditionnelle, et dépendante du démembrement de la Prusse qui sera, selon moi, une conséquence inévitable de la prochaine guerre.
4' Il y aurait à faire discrètement et sans bruit une étude sur ces différents points; ce n'est qu'à la suite de ce travail
RAPPORT PRINCIPAL SUR LA MISSION DE PARIS (ISIO). i 1 5
préliminaire qu'il sera possible d'examiner sérieusement nos demandes de compensation.
Si Votre Majesté daigne approuver la proposition que j'ai l'honneur de Lui soumettre relativement à la base à adopter pour notre point de vue politique actuel, je me réserve de Lui présenter, dans un rapport séparé, mes études sur les points de détail que comprend cette question générale.
Metternich, m. p.