‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 102 sur 370 · MARLBOROUGH EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

MARLBOROUGH EN ALLEMAGNE

changea de ton sans changer de volonté , et conclut un accommodement par lequel il fut convenu que l'électrice retireroit toutes ses troupes des places du Danube , et qu'elle demeureroit dans la paisible possession de la Bavière , qui ne payeroit aucune contribution ; mais elle ne fut obéie qu'à Passau; les gouverneurs d'Ingolstadt , Brunau et Kufslein s'excusèrent sur leur serment à l'électeur, sans un ordre duquel, signé de sa main, ils ne sortiroient pas de leurs places; et la cavalerie bavaroise, qu'on vouloit séparer, en répondit autant. Le prince Eugène remarcha en Bavière , prit les places , et mit le pays et la famille électorale en étrange état.

Marlborough, d'autre part, suivit de près son frère, qu'il avoit envoyé sur la Moselle avec un gros détachement ; ils s'emparèrent de Trêves , et tôt après firent le siège de Traarbach , et le prirent, pendant que le duc de Marlborough s'alla promener en Allemagne, et voir les électeurs de brandebourg et d'Hanovre, le landgrave de Hesse et quelques autres princes. Chacun après quitta les armées en Flandre , qui se séparèrent incontinent pour les quartiers d'hiver. Il n'y eut que celle d'Alsace qui , sous Marsin , attendoil impatiemment la prise de Landau , pour s'aller reposer de même. Cette place capitula enfin le 23 décembre. Laubanie y avoit fait merveille, même après y avoir perdu les deux yeux. Le roi des Romains le traita fivec toute la distinction que sa valeur méritoit, lui surtout et sa garnison , dont il ne sortit que la moitié de ce qu'elle étoit au commencement du siège. Le roi donna à Laubanie trente-six mille livres de pension, outre de petites qu'il avoit déjà, et sa grand'croix de Saint-Louis de six mille livres. C'éloit un excellent officier et un très-galant homme d'ailleurs, aveuglé dans Landau, et qui avoit très-bien servi toute sa vie.

Coigny, fils de celui que nous venons de voir mourir sur la Moselle, eut, par la protection de Chamillart, l'agrément d'acheter du duc de Guiche la charge de colonel général des rlragons, qui fut le commencement et le fondement de la grande fortune où on le voit aujourd'hui.

Depuis le retour de Charmont de Venise, le roi, mécontent de cette république sur plusieurs griefs, n'y avoit envoyé personne , et refusé même d'admettre son ambassadeur à son audience. Par force souplesses et propos de respect peu solides, [les Vénitiens] se raccommodèient avec le roi. L'abbé de Pomponne vieillissoit dans la charge d'aumônier de quartier. Le roi s'étoit expliqué avantageusement sur lui, mais que son nom d'Arnauld lui répugnoit trop dans l'épiscopat pour l'y faire jamais monter. Il fallut donc se tourner ailleurs. Il étoit beau-frère de Torcy. Pomponne, son père , lui avoit fait mettre le nez dans ses papiers avec l'agrément du roi. et il continuoit de même avec Torcy; il avoit déjà été à Rome et en diverses cours d'Italie. Tout cela ensemble le fit choisir pour l'ambassade de Venise, et il remit sa place d'aumônier.

Puysieux, revenu depuis peu par congé de son ambassade de Suisse, où il faisoit fort bien, avoit obtenu, ainsi que l'année précédente, la singulière faveur de rendre compte directement au roi des affaires de ce pays-là, et dans son cabinet tète à tète. 11 étoit petit-fils de Puysieux, secrétaire d'État , fils du chancelier de Siîlery , enveloppé dans sa dis-

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