‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 129 sur 370 · SINGULARITÉS · texte numérisé non relu

SINGULARITÉS

peine de s'en retourner coucher à Paris. Il parla fort à lui et à Mme d'Albe.

Aux autres bals , Mme des Ursins se mettoit auprès du grand chambellan, et avec sa lorgnette regardoit un chacun. A tout moment le roi se tournoit pour lui parler , et Mme de Maintenon , qui à cause d'elle venoit quelquefois avant le souper, un quart d'heure ou une demi-heure à ces bals, déplaçoit le grand chambellan qui se mettoit derrière elle. Ainsi , elle étoit joignante Mme des Ursins , et tout près du roi de l'autre côté en arrière, et la conversation entre eux trois étoit continuelle; Mme la duchesse de Bourgogne s'y mêloit beaucoup, et Monseigneur quelquefois. Cette princesse aussi n'étoit occupée que de Mme des Ursins, et on voyoit qu'elle cherchoit à lui plaire. Ce qui parut extrêmement singulier, ce fut de voir celle-ci paroître dans le salon avec un petit épagneul sous le bras, comme si elle eût été chez elle. On ne revenoit point d'étonneraent d'une familiarité que Mme la duchesse de Bourgogne n'eût osé hasarder, encore moins à ces bals de voir le roi caresser le petit chien, et à plusieurs reprises. Enfin, on n'a jamais vu prendre un si grand vol. On ne s'y accoutumoit pas, et à qui l'a vu, et connu le roi et sa cour, on en est surpris encore quand on y pense après tant d'années. Il n'étoit plus douteux alors qu'elle ne retournât en Espagne '. Ses particuliers si fréquents avec le roi et Mme de Maintenon rouloient sur les affaires de ce pays-là.

Le duc de Grammont demandoit son retour, la reine d'Espagne le pressoit avec ardeur. Le roi et Mme de Maintenon , intérieurement blessés contre lui , et peu contents de sa gestion en ce pays-là, ne s'y opposoient pas; mais il falloit choisir un ambassadeur. Amelot fut choisi. C'étoit un homme d'honneur, de grand sens, de grand travail et d'esprit. Il étoit doux, poli, liant, assez ferme, de plus un homme fort sage et modeste. Il avoit été ambassadeur en Portugal, à Venise, en Suisse, et avoit eu d'autres commissions au dehors. Partout il avoit réussi, s'étoit fait aimer, et avoit acquis une grande réputation. Il étoit de robe, conseiller d'État, par conséquent point susceptible de Toison ni de grandesse. Mme des Ursins ne crut pas pouvoir trouver mieux pour avoir sous elle un ambassadeur sans famille et sans protection ici autre que son mérite , qui , sous le nom de son caractère , l'aidât mieux dans toutes les affaires, et qui, en effet, ne fût sous elle qu'un secrétaire renforcé , qui , témoin ici de sa gloire , lui tût souple , et à l'abri

VÉtat de la France, avait un bougeoir à deux bobèches et par conséquent à deux bougies. L'aumônier du jour tenait le bougeoir pendant que le roi faisail ses prières. Le premier valet de chambre prenait ensuite le bougeoir des mains de l'aumônier. Quand le roi était arrivé au fauteuil où il se déshabillait, il désignait une personne de l'assemblée pour tenir lu bougeoir. C'était ordinairement un prince ou seigneur étranger. Le roi déshahillé, le premier valet de chambre reprenait le bougeoir, et les huissiers de la chambre criaient tout haut : Allons, messieurs, passez. Alors toute la cour se retirait, à l'exception de ceux qui avaient droit d'assister au petit coucher du roi.

\. Le retour de la princesse des Ursins en Espagne était résolu dès le <3 janvier n05. Voy. notée à la fin du volume.

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