‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 356 sur 370 · ÉTAT, FAMILLE, FIGURE, SANTÉ · texte numérisé non relu

ÉTAT, FAMILLE, FIGURE, SANTÉ

sans que François se soit remarié. Ainsi, le célèbre Charles, qui devint dans la suite beau-frère de l'empereur Léopold et général de ses armées , succéda de droit à son oncle, Charles IV, sans que ce droit qu'il tenoit de sa mère lui ait été jamais contesté. Charles IV voulut appuyer ses bâtards de sa propre maison. Il trouva M. de Lislebonne , frère du duc d'Elbœuf, qui s'attacha à sa fortune, et qui voulut bien épouser sa bâtarde en 16G0, laquelle avoit vingt et un ans; et neuf ans après, le même duc d'Elbœuf, qui ne se soucioit point de son fils le trembleur du premier lit. à qui il fit céder son droit d'aînesse au duc d'Elbœuf d'aujourd'hui, fils de son second lit, donna sa fille du premier lit à M. de Vaudemont. Elle étoit sœur de mère de la femme du duc de La Rochefoucauld, qui a été si bien avec Louis XIV. M. de Vaudemont avoit vingt ans, et sa femme étoit du même âge.

On a vu ailleurs tout le parti qu'il sut tirer de sa figure , de son esprit, de sa galanterie, et comme le maréchal de Villeroy, épris de ses manières et de le voir si à la mode en France , crut du bel air d'être de ses amis , et se piqua toute sa vie d'en être. Vaudemont ne tarda pas à s'apercevoir que ses gentillesses ne le mèneroient à rien de solide ici. Il s'en alla aux Pays-Bas, entra au service des ennemis de la France, fit sa cour au prince d'Orange et aux ministres de la maison d'Autriche. Il alla en Espagne, où, appuyé de force patrons qu'il s'étoit ménagés, il obtint une grandesse à vie pour se donner un rang et un état de consistance, puis la Toison d'or pour se décorer. C'étoit en 1677, au temps de la plus forte guerre de la France contre la maison d'Autriche. On a vu en son lieu à quel point il se déchaîna contre elle pour plaire, et avec tant d'insolence, à Rome, où il alla d'Espagne, que le roi ne dédaigna pas de se montrer piqué sur le personnel qu'il avoit osé attaquer, et le fit sortir honteusement de Rome par ordre du pape. Il alla en Allemagne , où il sut se faire un mérite de cette aventure auprès de l'empereur, qui le protégea toujours depuis et le fit prince de l'empire, et auprès du prince d'Orange, si personnellement mal avec le roi. Il sut plaire à ce dernier par ses grâces . par son esprit . par son adresse , par leur haine commune, au point d'entrer dans sa plus intime confiance , qu'il accordoit à si peu de gens. On en a vu des marques à Toccasion de la dernière campagne de Louis XIV en Flandre, et de son brusque retour à Versailles , en 1693. Cette affection du roi Guillaume le mit à la tête de l'armée de Flandre, où nous l'avons vu échapper si belle, grâce à M. du Maine, dont le maréchal de Villeroy sut si habilement faire sa cour au roi. Enfin, la protection du roi Guillaume et de l'empereur lui valurent de Charles II le gouvernement général du Milanois,

On a vu avec quelle dangereuse dextérité il s'y comporta, après n'avoir osé ne pas y faire proclamer Philippe V, et combien sa soumission fut ici portée , vantée et applaudie. L'aveuglement fut constant sur lui par son adresse et la puissante cabale qui le portoit, et on vient de voir qu'après la mort de son fils, feld-maréchal des armées impériales, et servant en Italie , conteau d'ailleurs par Vendôme , dont il redouta les yeux et le poids auprès du roi, il se rendit plus mesuré et se l'acquit par ses souplesses.

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