‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 358 sur 370 · PRÉTENTIONS ET ARTIFICES DE VAUDEMONT · texte numérisé non relu

PRÉTENTIONS ET ARTIFICES DE VAUDEMONT

pagne pour lui recommander ses intérêts. Ils se trouvèrent encore en meilleures mains auprès de Mme des Ursins, qui, nonobstant l'état fâcheux des finances et des affaires d'Espagne , où tout manquoit, comme on l'a vu, à l'occasion des suites de la bataille d'Alraanza, voulut montrer à Mme de Maintenon ce qu'elle pouvoit sur elle, et fit donner, tant à M. qu'à Mme de Vaudemont, cent quatre-vingt-dix mille livres de pension. Il avoit fait sa révérence au roi le 10 mai; mais le 15 juin la réponse d'Espagne étoit arrivée. On auroit pu croire que deux cent quatre-vingt mille livres de rente auroient dû suffire et les contenter. Ce ne fut pas tout , et il faut le dire tout de suite , pour ne pas revenir au pécuniaire.

M. de Vaudemont avoit eu une patente de prince de l'empire de l'empereur Léopold , qui lui avoit fait changer son titre de comte de Vaudemont en celui de prince. On a vu ses liaisons si longtemps intimes à Vienne, et depuis si peu encore, son fils unique mort en Italie feldmaréchal des armées impériales, et la seconde personne de celle de Lombardie. Les mêmes liaisons , il les avoit conservées plus à découvert et avec plus de bienséance avec les deux ducs de Lorraine père et fils. Il avoit, en traitant avec le prince Eugène du retour de nos troupes, demandé une pension pour le duc de Mantoue , que l'empereur dépouil- ]oit totalement, et une pour Mme de Mantoue. Il fut durement refusé de la première, il obtint la seconde, et le prince Eugène convint qu'elle seroit de vingt mille écus. Mme de Mantoue partit aussitôt pour aller attendre à Soleure la permission d'aller en Lorraine se mettre aux filles de Sainte-Marie de Pont-à-Mousson, et Mme de Vaudemont, sa sœur de père , l'accompagna dans ce voyage , sous prétexte d'amitié et de bienséance, mais en effet pour négocier de plus près auprès de M. de Lorraine ce qu'on avoit engagé le roi de lui demander pour M. de Vaudemont, où par ce peu que dura une négociation qui coûta tant à M. de Lorraine, et pour rien, on soupçonna la cour de Vienne d'y être entrée, laquelle pouvoit tout sur lui. Quoi que ce fût, les dames ne séjournèrent pas longtemps à Soleure , passèrent en Lorraine ; Mme de Mantoue demeura à Pont-à-Mousson, et Mme de Vaudemont s'en vint à Paris , à l'hôtel de Mayenne.

Charles IV, père de M. de Vaudemont, lui avoit donné le comté de Vaudemont , dont son père portoit le nom , et qui a été souvent apanage des puînés des ducs de Lorraine, quoique la terre ne soit pas considérable. Le même Charles IV avoit acquis du cardinal de Retz ia terre de Commercy , qu'il avoit eue de sa mère , qui étoit Cilly ' , et il la donna aussi à M. de Vaudemont, lequel y succéda au cardinal de Retz, qui en avoit retenu la jouissance sa vie durant, et qui s'y étoit retiré en revenant d'Italie , pour payer ses dettes et y faire pénitence de sa vie passée dans la solitude. Dans les suites, le duc Léopold de Lorraine, gendre de Monsieur, acquit Commercy de M. de Vaudemont, et le laissa jouir du revenu, qui n'est pas considérable. Cette seigneurie relevoit constamment de l'évêché de Metz. Us l'avoient donnée en fief à

i . La mère de Charles lY était Catherine, comtesse de Salm.

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