‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 359 sur 370 · ÉTAT DE LA SEIGNEURIE DE COMMERCY · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA SEIGNEURIE DE COMMERCY

des seigneurs sous le nom de damoiseaux K Les comtes de Nassau-Sarrebiûck , qui l'ont longtemps possédée , en ont toujours reconnu les évêques de Metz, et leur en ont rendu leurs devoirs; et les officiers du roi du bailliage de Vitry ayant formé des prétentions sur la justice de quelques paroisses de cette terre, son seigneur et le duc Antoine de Lorraine firent lever, en 1540, de la chambre de Vie, tous les actes qui démontrèrent que tout Commercy relevoit de l'évêché de Metz, et non pas du roi en rien. Le cardinal de Lenoncourt en reçut tous les devoirs, comme évêque de Metz, en 1551. Cependant cette "seigneurie étoit peu à peu devenue une espèce de petite souveraineté. Il s'y forma une manière de chambre de grands jours, où les procès se jugeoient en dernier ressort. Les Cilly la possédèrent en cet état; mais, en 1680, la chambre royale de Metz reconnut, nonobstant ces grands jours, et malgré les prétentions du bailliage de Vitry, duquel quelques paroisses relevoient, que le droit féodal et direct sur Commercy en entier appartenoit à l'évêque de Metz, et lui fut adjugé. Malgré des empêchements si dirimants, M. de Vaudemont se proposa de se faire donner par le duc de Lorraine la souveraineté de Commercy, à lui qui, de plus, avoit vendu cette terre à ce prince, qui le laissoit jouir du revenu; d'y faire joindre par le même des dépendances nouvelles, pour en grossir le revenu et en étendre la souveraineté, et de rendre le roi protecleur de cette afîaire; et on verra bientôt qu'il y réussira, et même à davantage. En attendant, il songeoit fort à s'établir un rang distingué. Il avoit celui de grand d'Espagne, mais il navoit garde de s'en contenter. Comme prince de l'empire , il n'en pouvoit espérer. Celui de ses grands emplois avoit cessé avec eux, et ce groupe de tant de choses accumulées, et qui éblouissoient les sots, lui parut trop aisé à désosser pour se pouvoir tlatter d'en faire réussir quelque chose de solide. Il avoit tenté, au milieu de sa situation la plus brillante et la plus accréditée en Italie, d'être fait chevalier de l'ordre; il l'avoit fait insinuer par ses amis; enfin il l'avoit lui-même formellement demandé. Il avoit été refusé à plus d'une reprise, et on ne lui en avoit pas caché la raison, avec force regrets de ne la pouvoir surmonter. Cette raison étoit un statut de l'ordre du Saint-Esprit qui en exclut tous les bâtards, sans aucune autre exception que ceux des rois. Il eut beau insister, piquer l'orgueil, en représentant que le roi étoit maître des dispenses, tout fut inutile. Dès le temps que le roi d'Espagne étoit en Italie, il y employa Louville auprès de Torcy et de M. de Beauvilliers, qui me l'a conté; et depuis il y employa encore Tessé , le maréchal de Villeroy et M. de Vendôme. Tout fut inutile; il n'y eut point de crédit ni de considération qui pût obtenir du roi d'assimiler un bâtard de Lorraine aux siens en quoi que ce pût être. Mais quoique le refus ne portât que sur cet intérêt si cher au roi , il ne laissoit pas de montrer à Vaudemont que le roi ne le prendroit jamais que pour ce qu'il étoit, c'est-à-dire

^ . Ce mot, formé du latin domicellus (petit ou jeune seigneur) , indiquait d'abord le fils d'un chevalier. 11 servit dans la suite à désigner les possesseurs de cerlains licfs et spocialcmcut du ficf de Cummurcy.

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