ASSASSINAT DE VERVINS
Muret , qui fonda les abbayes de Bunnefonds et de Feuillans . et qui fut tué près la ville deGaudensen 1150 : voilà pour l'extraclion de Vervins. Quant à lui, c'étoit un grand homme fort bien fait, d'un visage assez agréable, de l'esprit, quelque lecture, et fort le \ol des femmes; particulier, extrêmement paresseux, fort dans la liaison et les parties de M. le Duc, et fort dans le grand monde. Il quitta le service de bonne heure, fit plusieurs séjours chez lui en Picardie, toujours reçu avec empressement quand il en revenoit. A la fin. sans dire mot à personne, il se confina dans une terre en Picardie . sans aucune cause de dégoût ni de déplaisir , sans besoins du côté de ses affaires , il étoit riche , arrangé , et ne fut jamais marié; sans vue de piété, il n'en eut pas la moindre veine; sans occasion de santé, qu'il eut toujours parfaite; et sans goût d'ouvriers, dont il n'employa aucun: encore moins entraîné par le plaisir de la chasse , où il n'alla jamais. Il demeura chez lui plusieurs années sans aucun commerce avec personne , et ce qui est incompréhensible , sans bouger de son lit, que le temps de le faire faire. II y dînoit et y soupoit tout seul, y faisoit le peu d'affaires qu'il avoit, et y recevoit le peu de gens qu'il ne pouvoit éconduire, et, depuis qu'il avoit les yeux ouverts jusqu'à ce qu'il les fermât, y travailloit en tapisserie, et lisoit quelquefois un peu, et a persévéré jusqu'à la mort dans cette étrange sorte de vie, si uniquement singulière que j'ai voulu la rapporter.
Le roi alla à Fontainebleau , où il arriva le 12 septembre , ayant séjourné un jour à Sceaux; la cour de Saint-Germain y vint le 23, et y demeura jusqu'au 6 octobre. En y arrivant le roi apprit que les armées alliées avoient toutes passé le Rhin sur le pont de PhiJippsbourg, et bientôt après que Landau étoit assiégé par le prince Louis de Bade , qui attendoit le roi des Romains qui y arriva le 25 septembre , et que le prince Eugène et le duc de Marlborough commandoient l'armée d'observation qu'ils portèrent sur la Lauter. Marsin demeura avec la sienne sous Haguenau. Le maréchal de Villeroy et son fils s'en allèrent de leurs personnes en Flandre, passant à Fontainebleau, où ils demeurèrent quelques jours. Ils allèrent après trouver l'électeur de Bavière à Bruxelles, et chemin faisant virent l'électeur de Cologne à Lille, où il avoit établi sa demeure, en même temps que son frère étoit allé à Bruxelles après avoir [passé] ensemble quelques jours.
Pendant tous ces malheurs , Villars étoit venu à bout d'achever à peu près de dissiper les fanatiques ; cinq ou six de leurs chefs , les autres tués ou accommodés et sortis du pays , obtinrent de se retirer à Genève ; on comptoit qu'il ne restoit qu'une centaine de ces gens-là dans les hautes Cévennes, et qu'il n'étoit plus besoin de laisser de troupes en Languedoc. Peu de jours après, le roi reçut la nouvelle de la prise d'Ivrée, après un siège assez court, et qui ne coûta guère que deux cents hommes et quatre cents blessés. M. de Vendôme eut avec la place onze bataillons prisonniers de guerre.
La Feuillade n'épargnoit pas les courriers pour annoncer ses conquêtes dans les vallées des Alpes : tantôt un petit fort pris, défendu par des milices, tantôt quelque peu de troupes réglées forcées derrière un