‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 130 sur 345 · MARIAGE DU CHEVALIER DE LUXEMBOURG · texte numérisé non relu

MARIAGE DU CHEVALIER DE LUXEMBOURG

Monsieur, qui l'aimoit fort, excusa le délai, et représenta au roi en même temps que de ne pas continuer ce tabouret jusqu'au départ étoit pis que de l'avoir refusé ; le cardinal de Fûrstemberg de son côté , que sa nièce, après avoir eu cet honneur, ne pouvoit plus paroître à la cour sans qu'il lui fût continué ; et que si elle n'y venoit plus , son mari la croiroit chassée, et que cela les brouilleroit. Avec tout ce manège, le tabouret lui demeura , le voyage s'éloigna , puis s'évanouit par insensible transpiration. Elle demeura le reste de sa vie à Paris, et à la cour assise. Elle n'eut point de garçons, ni sa fille aînée d'enfants du prince d'Isenghien, qu'elle laissa bientôt veuf. Sa seconde fille avoit épousé Seignelay, comme on l'a vu en son temps , dont une fille unique, trèsriche, qui a épousé le duc de Luxembourg, petit-fils du maréchal; et sa troisième le comte de Lannoid, en Normandie.

Ce fut en ce même temps que le chevalier de Luxembourg, dernier fils du maréchal, et maréchal de France lui-même vingt-trois ans depuis, épousa la fille unique d'Harlay, conseiller d'État, fils unique du feu premier président Harlay , qui étoit une riche héritière.

On eut en ce même temps à Rome et ici l'étrange nouvelle de la mort du cardinal de Tournon , légat a latere à la Chine et aux Indes. Elle fit un prodigieux bruit par toute l'Europe. Sa mission, son succès, sa sainte mais exécrable catastrophe , sont tellement connus et imprimés partout , que je m'abstiendrai d'entrer dans cette énorme affaire , qui aussi bien est tout à fait étrangère aux matières de ces Mémoires, si ce n'est l'admirable cadence de ce martyr avec la naissance de l'affaire de la bulle Unigenitus.

Le maréchal de Boufflers mourut à Fontainebleau , à soixante-huit ans. Il est si souvent mention de lui dans ces Mémoires qu'il n'en reste presque rien à dire. Rien de si surprenant qu'avec aussi peu d'esprit, et un esprit aussi courtisan , mais non jusqu'aux ministres , avec qui il se savoit bien soutenir, il ait conservé une probité sans la plus légère tache , une générosité aussi parfaitement pure , une noblesse en tout du premier ordre , et une vertu vraie et sincère , qui ont continuellement éclaté dans tout le cours de sa conduite et de sa vie. Il fut exactement juste pour le mérite et les actions des autres, sans acception ni distinction , et à ses propres dépens ; bon et adroit à excuser les fautes ; hardi à saisir les occasions de remettre en selle les gens les plus disgraciés. Il eut une passion extrême pour l'État, son honneur, sa prospérité; il n'en eut pas moins par admiration et par reconnoissance pour la gloire et pour la personne du roi. Personne n'aima mieux sa famille et ses amis, et ne fut plus exactement honnête homme, ni plus fidèle à tous ses devoirs. Les gens d'honneur et les bons officiers lui étoient en singulière estime , et avec une magnificence de roi , il sut être réglé autant qu'il le put et singulièrement désintéressé, il fut sensible à l'estime, à l'amitié, à la confiance. Discret et secret au dernier point, et d'une rare modestie en tout temps , mais qui ne l'empêcha pas de se sentir aux occasions rares qu'on a vues , et de se faire pesamment sentir aussi à qui s'outrecuidoit à son égard. Il tira tout de son amour du bien, de l'excellente droiture de ses intentions, et d'un travail ea tout genre au-

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