‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 132 sur 345 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Charost capilaine des gardes du corps par I(î Dauphin. — Domingue; quel, et son propos surCharosl à la Dauphine. — Cause de la charge de Charost. — Fortune des trois Charost. — Cause curieuse du mariage du vieux Charost,

— Cause du tabouret de grâce de la princesse d'Espinoy. — Prince d'Espinoy chevalier de l'ordre parmi les gentilshommes en ^661. — Pont d'or 'ail aux Charost pour leur ôler la charge de capilaine des gardes, et sa cause.

— Habileté imporlanle du vieux Charost. — Malice de Lauzun sur le duc de Charost, et sa cause. — Raison qui fil renouveler des ducs vérifiés sans pairie. — Repentir de Louis XllI de l'érection de Paris en archevêché. — Cause qui fit Charost duc et pair. — Raison qui priva Harlay, archevêque de Paris, du cardinalat, et qui le fit duc et pair. — Importance des entrées.

— Ruses d'Harlay, archevêque de Paris, démontées par Charost. — Drssein du duc de Beauvilliers et du Dauphin de me faire gouverneur de Mgr le duc de Bretagne. — Fortune de Charost du tout complète. — Campagne d'Allemagne. — Campagne de Savoie. — Campagne de Flandre. — Témérité du prince Eugène et de Marlborough. — Fautes énormes de Villars, — Impudence de Villars, qui donne faussement un démenti net et public au maréchal de Montesquiou, qui l'avale. — Course de Contade à la cour ; son caractère. — Siège de Bouchain ; Ravignan dedans ; sa situation personnelle ; son caractère. — Bouchain rendu ; la garnison prisonnière ; générosité des ennemis à l'égard de Ravignan. — Fin de la campagne en Flandre. — Villars assez bien reçu à la cour, et pourquoi.

La charge vacante eut plusieurs prétendants. Je hasardai de m'en mettre par une lettre que je présentai au roi. Il me revint aussitôt qu'elle lui avoit plu assez pour me donner de l'espérance ; mais M. de Beauvilliers, sans qui je ne faisois rien d'important, et qui m'y avoit exhorté à tout hasard, me la diminua bientôt. Le maréchal étoit mort le 22 août. Le vendredi matin, 4 septembre, le roi travailla à l'ordinaire avec le P. Tellier , puis envoya chercher le Dauphin. Il lui dit qu'en l'âge où il étoit, ce u'étoit plus pour soi qu'il devoit faire des choix de gens qui ne le serviroient guère , mais qui serviroient le Dauphin toute leur vie; qu'ainsi il vou loi t lui donner un capitaine des gardes à sou gré, et qu'il lui ordonnoit de lui dire franchement à qui des prétendants il donnoit la préférence. Le Dauphin, après lui avoir fait les réponses convenables, lui nomma le duc de Charost comme celui qui lui étoit le plus agréable, et dans l'instant il l'obtint. Le roi passa ensuite chez Mme de Maintenon; il y fit appeler Charost, lui donna la charge avec cinq cent mille livres de brevet de retenue pour en payer autant qu'en avoit le maréchal de Boufflers , lui dit qu'il devoit cette préférence au Dauphin, à qui il avoit laissé le choix, et lui ordonna d'envoyer surle-champ cette nouvelle à son père, à qui elle feroit grand plaisir.

Charost étoit lieutenant général, mais ne servoit plus depuis longtemps. Il n' étoit pas même sur un pied avec le roi à se faire craindre aux prétendants de la charge ; ce fut donc un étonnement extrême et un Saiht-Simon VI 8

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bourdonnement étrange , et en même temps un événement qui imprima à toute la cour un grand respect pour le Dauphin et une persuasion parfaite de tout ce qu'il pouvoit. Un nommé Domingue , portemanteau de la Dauphine et fort familier avec elle , courut lui dire la nouvelle. Il osa ajouter qu'il l'en félicitoit avec toute la joie possible, parce qu'au moinsM.de Charost, fait capitaine des gardes, ne seroit pas gouverneur de Mgr le duc de Bretagne. On verra qu'il ne fut pas prophète ; mais la Dauphine en rit et y applaudit, et ce qui se trouva là de ses familières, par qui je le sus. Ce Domingue étoit un garçon d'esprit et orné, fort au-dessus de son état , et bien traité et avec distinction de tout le monde. Il étoit venu tout enfant d'Espagne , avec son père, à la suite de la reine , à qui il étoit , et lui aussi quand il fut plus grand , puis à la dauphine de Bavière, enfin à celle-ci à son mariage. Elle avoit de la bonté pour lui, qui alloit à une vraie confiance. Il lui parloit pourtant en honnête homme, et très-franchement tête à tête, et ne laissoit pas de lui faire souvent impression. Il s'attacha tellement à elle qu'il ne voulut point se marier pour ne se point partager , et elle lui en savoit gré , enfin , il fut tellement touché de sa mort qu'il ne put se consoler. Il tomba dans des infirmités qui en moins d'un an le conduisirent au tombeau sans être sorti presque de sa chambte , ni avoir voulu voir personne que pour sa conscience.

N'ayant pas la charge , je fus ravi de la voir à un de mes plus intimes amis. Lui et moi nous l'étions réciproquement souhaitée. Je né vis Jamais homme si aise, et de la chose et de la manière. Le Dauphin, à travers toute sa modeste retenue, parut extrêmement content, et la Dauphine aussi , mais par concomitance : on a vu quel rang tenoit la duchesse de Béthune dans le petit troupeau de M. de Cambrai et parmi les disciples de Mme Guyon, et quelle considération il en revenoit au duc de Charost. son fils, auprès du Dauphin par celle de M. de Cambrai, et par les ducs de Chevreuse et de Beauvilliers , ce qui lui valut la charge. Quoique cette fortune fût fort peu apparente, et aussi peu espérée , on lui en verra faire une plus haute et encore moins attendue de lui ni de personne. C'est ce qui m'engage à un peu de digression sur la singulière 6t curieuse fortune de ces MM. de Charost.

Le comte de Charost, grand -père de celui-ci, étoit quatrième âls , mais tenant lieu de second fils du frère du premier duc de Sully, ministre favori d'Henri IV. Ce frère , qui étoit catholique , fut célèbre par ses nombreuses et importantes ambassades , par les succès qu'il y eut et par ses emplois considérables dans les armées; chevalier du Saint-Esprit en 1609, et mort à quatre-vingt-quatre ans. en 1649. Charost, son cadet, ne pouvoit pas espérer grand bien de lui. Le fameux procès que le comte de Soissons intenta au prince de Condé, duquel M. de Sully avoit pris la défense auprès d'Henri IV . qui le rendit partial , et dont le comte de Soissons ne pardonna jamais le succès au favori, avoit lié une amitié intime entre ce dernier et L'Escalopier, qu'il avoit fait nommer rapporteur du procès , et qu'il en fit récompenser d'une charge de président à mortier au parlement de Paris. L'Escalopier àvoit une fille fort riche, dont M. de Sully, qui ne mourut qu'à la fin de décembre 1641 ,

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