MALICE DE LAUZUJN SUR LE DUC DE CHAROST
teroit pas, deviendroit à la fin à charge au roi et seroit forcé de faire avec dégoût, et pour ce qu'on voudroit bien lui donner, une chose qu'il pouvoit faire alors avec agrément en imposant la loi , et en conservant et augmentant même sa considération et sa familiarité. Le traité fut donc que M. de Duras lui rendroit le prix de sa charge , et qu'il en seroit pourvu; que M. de Charost auroit pour rien la lieutenance générale unique de Picardie , Boulonois et pays reconquit, avec le commandement en chef dans la province ; que son fils , qui quitteroit sa survivance en faveur de M. de Duras , auroit celle de ladite lieutenance générale, avec celle du gouvernement de Calais, et que le père et le fils seroient en même temps faits ducs à brevet l'un et l'autre ; mais ce ne fut pas tout; le père voulut deux choses du roi , auquel il s';idressa directement, et les obtint toutes les deux. L'une fut un billet entièrement écrit et signé de la propre main du roi , portant parole et promesse expresse de ne point faire de pair de B'rance pour quelque cause que ce pût être , sans faire Charost père ou fils , et sans le faire avant tout autre, en sorte qu'il auroit le rang d'ancienneté sur celui ou ceux que le roi voudroit faire. L'autre chose fut un brevet d'affaires au père et un au fils, c'est-à-dire de moindres entrées que celles des premiers gentilshommes de la chambre, et beaucoup plus grandes que toutes les autres. Cette voie si rare et si précieuse d'un accès continuel et familier n'étoit pas le compte des deux ministres qui l'auroient bien empêché s'ils l'avoient pu, mais Charost brusqua ce dernier point du roi à lui, comme le vin du marché , sans lequel il ne pouvoit le conclure de bon cœur, ni quitter une charge qui Tapprochoit si fort de lui , et sans s'assurer pour soi et pour son fils de s'en approcher encore davantage. Le billet fut un point capital et un effort extrême de considération. C'est l'unique promesse que le roi ait jamais donnée par écrit d'aucune grâce. On verra bientôt de quelle importance furent les entrées et la promesse. et combien ce trait fut celui d'un habile homme. Il mourut en 1681 , à soixante-dix-sept ans, et toujours en grande considération.
Il ne faut pas omettre que Calais et la lieutenance générale de Picardie fut et est encore un morceau de quatre-vingt mille livres de rente , outre le grand établissement. Charost son fils servit avec distinction , et se maintint dans la familiarité du roi : ce ne fut pas sans une légère éclipse. Il étoit à Calais lorsque la reine d'Angleterre y arriva avec le prince de Galles. M. de Lauzun, qui les avoit sauvés d'Angleterre et conduits, sétoit pris à Pignerol d'une aversion extrême contre le malheureux Fouquet, qu'il y avoit trouvé et laissé. Cette haine sétendit à sa famille , et il n'en est jamais revenu. Tout occupé qu'il devoit être de son retour à la faveur d'une fortune si unique et si inimaginable, il ne le fut pas moins de nuire à Charost. Il rendit au roi un compte si désavantageux en tout de Charost. de sa réception de la reine d'Angleterre , de l'état de Calais et de la trarde de la place . que Charost eut le dégoût d'y voir arriver Laubanie en qualité de commandant, le même qui s'acquit longtemps depuis tant de gloire à la défense de Landau. Charost revint, et lui et Lauzun demeurèrent des années sans se parler et longtemps sans se saluer.