PLÉNIPOTENTIAIRES NOMMÉS POUR LA PAIX
d'érection nouvelle , aussitôt qu'il est assis en place , et qu'il n'en fait point aux pairs reçus par le titre de pairie successive. Voilà donc le premier président qui ôte son bonnet, se tourne vers la place où étoil le nouveau pair , lui dit deux mots , se couvre , continue , et se découvre et s'incline en finissant. Aussitôt M. de Chaulnes ôte son chapeau, y glisse un papier qu'il tenoit en sa main et l'y déploie, et se met à vouloir y lire. Le pair, son voisin, le pousse et l'avertit de mettre son chapeau ; le Chaulnes le regarde , et sur l'avis redoublé se couvre , et manifeste son papier en entier. Cela le déconcerte, toutefois il se met à vouloir lire. Il répète : « Monsieur, » il ânonne; bref il se démonte au point qu'il ne peut lire et qu'il demeure absolument court. La compagnie ne peut s'empêcher de rire. Il la regarde tout autour, il prend enfin son parti , il ôte son chapeau sans mot dire , s'incline au premier président comme pour finir ce qu'il n'avoit pas commencé , regarde après encore la compagnie , et se met à rire aussi avec elle. Voilà quelle fut la réception du duc de Chaulnes qui n'a jamais été oubliée , parce qu'elle n'eut jamais sa pareille. Il fut le premier après à en rire avec tout le monde.
Ménager, gros négociant, qui, par son esprit et sa capacité dans le commerce, devint négociateur, arriva le 19 octobre de Londres à Versailles, chez Torcy , qui le mena aussitôt trouver le roi chez Mme de Maintenon. On sut par lui que la reine Anne avoit nommé ses trois plénipotentiaires pour la paix. Le maréchal d'Huxelles et l'abbé de Polignac, qui depuis longtemps étoient avertis, furent déclarés ceux du roi, et Ménager avec eux , en troisième, et en égal caractère, ce qui sembla assez étrange. Ceux d'Espagne le furent aussi, et Bergheyck pour le second. Je ne fais que coter ces dates parce que toute la négociation, depuis son principe jusqu'à sa fin, se trouve parfaitement racontée dans les Pièces. Utrecht fut le lieu de l'assemblée , et les plénipotentiaires du roi partirent bientôt après.
Nos généraux d'armée arrivèrent et furent bien reçus . et tôt après eux, Tallard, qui le fut aussi très-bien. Il étoit prisonnier en Angleterre depuis sept ans qu'il avoit été pris à la bataille d'Hochstedt . relégué et très-observé à Nottingham, sans en pouvoir découcher: et sans avoir pu aller à Londres ni revenir ici sur sa parole. Ce retour sans échange , sans rançon et sans queue fut les prémices publiques de la bonne volonté de la reine Anne. Le roi Jacques revint aussi à Saint- Germain , après avoir employé tout l'été à voir les principales provinces du royaume , quelques-unes de nos armées et plusieurs de nos ports.
Le samedi 7 novembre au matin, le comte de Toulouse fut taillé fort heureusement par Maréchal. La pierre étoit fort grosse et pointue, et l'opération fut parfaite: elle ne fut suivie d'aucun accident, et la guérison fut entière. Maréchal en eut dix mille écus qu'il fit difficulté d'accepter, et que le roi lui ordonna de prendre à la fin de la cure. Il en avoit refusé deux mille de Fagon qu'il avoit autrefois taillé et parfaitement guéri, que le roi lui fit payer du sien. Le roi étoit à Marly du 2 novembre; il avoit visité souvent le comte de Toulouse auparavant. dont il prit de grands soins. Mme la duchesse d'Orléans et Mme la Du-
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chesse dehielirèfent tout ce voyagé à Versailles auprès de lui. Le roi, qui retourna le 15 à Versailles, interdit le passage de la galerie et du grand appartement , même aux princes du sang , parce que le comte de Toulouse en auroit eu du bruit, et cela dura jusqu'à sa parfaite convalescence. Ce fut une grande incommodité pour le commerce d'une aile à l'autre , qui ne put plus se faire que par les cours. Le comte de Toulouse s'étoit préparé avec sagesse , piété et tranquillité , et montra une fernieté très-simple. Il ne lui en resta aucune suite , et il courut depuis le cerf comme auparavant.
M. de La Rochefoucauld perdit Tàînée de èes trois SoSufS qui n'avoit que deux ans moins que lui , qui avoit de l'esprit, et beaucoup de mérite, de vertu et de maintien. C'étoit celle qui étoit la plus comptée dans sa famille et dans le monde. J'ai parlé ailleurs de iseâ trois filles, et de leur vie coinmune dans un coin à part de l'hôtel de La Rochefoucauld , à l'occasion de la mort de Gouf ville.
Sebville mourut aussi en même temps; il étoit officier général et vieux. Il avoit été envoyé du roi à Vienne et ailleurs. C'étoit un fort honnête homme, et qui n'étoit pas sans mérite et sans talents.
En même temps mourut encore Mme de Grancey, fille du maréchal de Grancey, qui n'avoit jamais été mariée, et qui étoit l'aînée de Mme de iVIaré, dont j'ai parlé plus d'une fois. Elle avoit été belle; et à son âge elle se la croyoit encore , moyennant force rouge et blanc et les parures de la jeunesse. Elle avoit été extrêmement dii grand monde , fort galante , et avoit longtemps gouverné le Palais-Royal sous le stérile personnage de maîtresse de Monsieur , qui avoit d'autres goûts qu'il crut un temps masquer par là , et en effet par le pouvoir entier qu'elle eut toujours sur le chevaliei* de Lorraine. Elle ne paroissoit guère à la cour, qui n'étoit pas son terrain. Monsieur, pour la faire appeler Madame, l'avoit faite dame d'atours delà reine d'Espagne , sa fille, qu'elle accompagna en cette qualité jusqu'à la frontière.
La maréchale de L'Hôpital mourut aussi , célèbre par sëS trois mariages et fort vieille , retirée depuis longtemps aux petites Carmélites. Elle s'appeloit Françoise Mignot. Je ne sais si elle étoit fille de ce cuisinier que Boileau a rendu célèbre pour gâter tout un repas. Elle épousa d'abord Pierre de Portes , trésorier et receveur général de Dauphiné. Elle avoit de la beauté, de l'esprit, du manège, et des écus qui la firent en 1653 seconde femme du maréchal de L'Hôpital ^ si connu pour avoir tué le maréchal d'Ancre , contre les défenses expresses réitérées de Louis XIII, qui ne vouloit que s'assurer de sa personne 11 ■ mourut dans une grande fortune en 1660. La maréchale sa veuve, qui n'avoit point d'enfants , fit si bien qu'elle épousa en troisièmes noces , le 14 décembre 1672, en Sa maison de Paris, rue des Fossés-Montmartre, paroisse de Saint-Eustache, Jean-Casimir, successivement prince de Pologne, jésuite, cardinal, roi de Pologne, qui avoit abdiqué, s'étoit retiré en France où il avoit força grands béiiéfices, et entre autres l'abbaye de Saint-Germain des Prés où il logeoit, et où il est enterré. Le mariage fut su et très-connu, mais jamais déclaré; elle demeura Mme la maréchale , et lui garda ses bénéfices.