‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 150 sur 345 · CHAPITRE XIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIIL

Mariage du czaréwitz ârec la sœur de l'impératrice régnante. — Départ de l'archiduc pour l'Italie et l'Allemagne, qui laisse l'archiduchesse à Barcelone avec Staremberg. — Molinez, Espagnol, doyen de la Rote, interdit par le pape. — Duc d'Uzeda; sa maison; sa grandesse; ses emplois; sa défection; renvoie l'ordre du Saint-Esprit. — Sa vie et sa fin obscure. — Calastrophe, à Vienne, de son fils,— Entrevue dii duc de Savoie et de l'archiduc

i . On appelait tontine une association financière composée de personnes qui mettaient chacune un capital en commun pour en retirer une rente viagère placée sur leur tête ou sur celle d'autrui, avec la condition que l'intérêt serait réversible à chaque décès sur les survivants. Le nom de tontine venait du Napolitain Laurent Tontin, qui avait obtenu de Louià XIII, en <635, l'autorisation de fonder à Paris un établissement de ce genre.

192 MARIAGE DU CZARÉWITZ. [1711]

dans la chartreuse de Pavie. — L'archiduc, élu empereur, reçoit à Milan les ambassadeurs et le lé^at Imperiali. — Quel étoit ce cardinal. — Étiquette prise d'Espagne sur les attelages. — L'empereur à Insprùck; y reçoit froidement le prince Eugène. — Causes de sa disgrâce et ses suites jusqu'à sa triste mort. — Torlose manqué par les Impériaux. — Mariage de la fille d'Amelot avec Tavannes, qui manque la grandesse par le roi. — Mariage du chevalier de Croissy. — Six mille livres de pension à d'O. — Trois cent mille livres de brevet de retenue au duc de Tresmes, à qui cela en fait cinq cent mille. — Causes du retour du duc |de Noailles et de sa secrète disgrâce. — Embarras et fâcheuse situation du duc de Noailles à la cour. — Noailles se jette à Desmarets. — Noailles brouillé avec M. [le duc] et Mme la duchesse d'Orléans, et pourquoi. — Noailles se propose de lier avec moi. — Caractère du duc de Noailles. — Je me laisse entraîner à la liaison du duc de Noailles. — Duc de Noailles, brouillé avec M. [le duc] et Mme la duchesse d'Orléans, me prie de le raccommoder avec eux. — Mes raisons de le faire ; j'y réussis. — Sa délicate mesure. — Duc de Noailles me confie à sa manière la cause de son retour d'Espagne et sa situation. — Ses vues dans cette confidence. — Son extrême désir de m'engager à le rapprocher du duc de Beauvilliers, conséquemmenl du Dauphin. — Mes raisons de le faire; j'y réussis. — Ma liaison avec le cardinal de Noailles, qui devient intime jusqu'à sa mort. — Scélératesse du complot des jésuites contre le cardinal de Noailles mise au net par le paquet de l'abbé de Savoie à son oncle lévêque de Clermonl, tombé entre les mains du cardinal de Noailles, qui n'en sait pas profiler. — Cris publics. — Le Dauphin ne se cache pas sur son avis de chasser le P, Tellier, et me le dit. — Affaire du cardinal renvoyée en total au Dauphin pour la finir. — Grand mot qu'il me dit en faveur du cardinal. — 11 m'ordonne de m'instruire à fond sur les matières des libertés de l'Église gallicane et sur l'affaire du cardinal de Noailles, et médit qu'il la veut finir définitivement avec moi.

Le czar. à peine sorti d'entre les mains des Turcs, conclut le mariage du fils unique qu'il avoit de sa première femme qu'il avoit répudiée , et qu'il tenoit dans un couvent avec la deuxième petite-fille du vieux duc Ulric de Wolfenbûttel, sœur de l'archiduchesse qu'on va voir impératrice. Le czar le conclut à Carlsbad où il prenoit les eaux , d'où il partit pour l'aller voir célébrer à Torgau; ce fut un funeste mariage.

L'archiduc qui , depuis longtemps , n'avoit plus de pensées que d'aller recueillir la vaste succession de l'empereur son frère, se revoir avec l'impératrice sa mère, dont il avoit toujours été le mieux aimé, et se retrouver chez soi dans Vienne, libre des inquiétudes et des étrangers parmi lesquels il étoit comme banni, et régner dans les mêmes lieux où il n'avoit vécu qu'en servitude, eut peine à se tirer des mains des. Catalans. Il leur laissa pour vice-roi le comte de Staremberg, général de ses troupes , qui lui avoit été donné pour conseil et pour conducteur ; (ju'il avoit pris en grande estime et amitié, et qui la méritoit; La Corsana, comme ministre castillan, et Perlas, qui étoit devenu son favori, comme secrétaire d'État et ministre catalan. Il fit espérer son retour à la ville de Barcelone et à tout son parti en Espagne , et mit enfin à la voile, suivi de trois députés catalans, nommés Corbellone, Piiîoz et Cardone. Sa flotte étoit de quarante ou cinquante bâtiments de toutes

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