‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 3)Chapitre 213 sur 345 · SERVICE Â NOTRE-DAME · texte numérisé non relu

SERVICE Â NOTRE-DAME

sienne portée par d'Étampes, capitaine de ses gardes, et par le jeune Bréauté, maître de sa garde-robe, qui mourut bientôt après sans alliance. M. de Charolois lui fut égalé comme il l'avoit été à Saint-Denis , et les princesses du sang de même qui ne doivent avoir qu'un portequeue. Jaucourt, gouverneur de M. de Charolois, et un gentilhomme à lui portèrent la sienne. Les princes ne menèrent point les princesses non plus qu'ils avoient fait à Saiut-Denis; Mme la duchesse de Berry la fut par Coettenfao et le chevalier d'Hautefort , son chevalier d'honneur et son premier écuyer , et sa queue portée par le comte de Roucy , Biron et Montendre , les mêmes qu'à Saint-Denis ; Mlle de Bourbon , menée par Blansac, eut sa queue fort inégalement portée par le comte de Roye, fils de Roucy et neveu de Blansac, et par L'Aigle, fils de la dame d'honneur de Mme la Duchesse , sa mère. Mlle de Charolois, menée par le comte d'Uzès , eut sa queue portée par Châteaurenauld et d'Angennes, Le clergé gagna d'être salué séparément de l'autel et immédiatement après , et immédiatement avant le catafalque , qui reçut deux saluts à cause des deux corps. Mlles de Bourbon n'eurent qu'un salut ensemble, comme étant de même rang. Le P. Gaillard fit une belle oraison funèbre. Le cardinal de Noailles officia. Sa personne seule étoit en ornements violets, parce que les cardinaux n'en portent jamais de noirs : précision d'orgueil qui monte jusqu'à l'autel. Il donna un superbe dîner aux princes et aux princesses du deuil , et aux principales dames. M. [le duc] et Mme la duchesse de Berry le firent mettre à table. En retournant à Versailles, M. le duc de Berry alla voir M. le Duc à l'hôtel de Condé, qui n'étoit pas encore en état de sortir de sa chambre. La chambre des comptes fit faire , le mardi 24 mai , un grand service à la Sainte-Chapelle, pour M. [le Dauphin] et Mme la Dauphine. Le P. La Rue y fit l'oraison funèbre , qui fut assez belle. On fut étonné qu'il s'en fût chargé après ce qui lui étoit arrivé à la mort de cette princesse ; indépendamment de cet événement , la fonction n'étoit guère celle d'un confesseur. Retournons maintenant sur nos pas , c'est-à-dire à ce voyage de Marly où les plaisirs recommencèrent , comme je l'ai dit , avant que l'enterrement de la France fût fait à Saint-Denis. On a vu (ci-dessus, p. 278) l'inquiétude de mes amis sur ma conduite unique avec M. le duc d'Orléans. Elle ne fit que s'augmenter. Je ne pus me rendre à leurs avis, que je pris longtemps pour des foiblesses de cour. A la fin leur concert^ sans avoir pu se concerter pour la plupart, me fit faire des réflexions, sans toutefois mépriser moins les menaces de la colère du roi et du dépit de Mme de Maintenon, que je ne pus croire tels qu'ils m'en vouloient persuader, parce que je ne pouvois comprendre que moi de plus ou de moins avec M. le duc d'Orléans, que tout homme et de toute espèce fuyoit sans ménagement et avec l'indécence la plus marquée, pût le rendre ou moins abandonné ou moins coupable aux yeux du monde. C'étoit pourtant ce dernier point qui faisoit mon crime et la peine où étoient les deux ducs de Beauvilliers et de Chevreuse, le chancelier et mes autres amis et amies. J'ai déjà dit que mon extrême douleur de la perte du Dauphin avoit éclaté. Elle éclatoit encore par ma retraite et ma tristesse; elle m'avoit trahi. On se douta, et à la fin on

Page 1