‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 102 sur 319 · DE PLUSIEURS SEIGNEURS EN 1G · texte numérisé non relu

DE PLUSIEURS SEIGNEURS EN 1G

gieuse. Le malheureux état de mon fils aîné me fît appeler ce médecin à la Ferlé sur le témoignage de M. de Chartres (Mérinville) ' et d'autres encore. Il demeura quelque temps avec nous à plusieurs reprises , et je trouvai fort à m'amuser , et même à m'instruire dans sa conversation qui d'ailleurs avoit encore l'agrément de la gaieté. Nous tombâmes sur des matières qui l'engagèrent à me parler de ce traité de la noblesse. Il me dit qu'il l'avoit original, et, en ellét, il me l'apporta quand il revint. Je le copiai avec les signatures dans le même ordre que je les y trouvai , et j'eus toutes les peines du monde à le lui faire reprendre. Il vouloit absolument me le donner; il mêle rapporta même une seconde fois dans le même dessein , mais je ne crus pas devoir profiter de son honnêteté et priver un curieux savant et un fort honnête homme d'une pièce ^ originale. La voici :

TRAITÉ d'union ET ASSOCIATION FAITE PAR LES SEIGNEURS DE LA PLUS HAUTE NOBLESSE DU ROYAUME , TENUE A PARIS EN l'ANNÉE 1649-

Nous , soussignés ^ pour obvier aux divisions et désordres qui pourroient naître de la marque d'honneur extraordinaire qu'on témoigne vouloir accorder à quelques gentilshommes et maisons particulières au préjudice de toute la noblesse de ce royaume et notamment de plusieurs des plus signalés de cet ordre, lequel, pour être le vrai et plus ferme appui de cette monarchie , doit être par tous moyens conservé dans une parfaite union sans qu'on laisse établir aucune difterence de maisons , avons déclaré par cet écrit, juré et promis unanimement sur notre foi et honneur, qu'après avoir fait nos très-humbles remontrances à Sa Majesté , à Son Altesse Royale et à Mgrs les princes du sang , et au cas qu'elles ne soient suivies de l'eflet que nous espérons de leur justice, nous tâcherons par toutes sortes de voies et de ressentiments justes , honnêtes et généreux , et qui n'iront point contre le service du roi et de la reine, que semblables distinctions n'aient lieu, consentant que celui de nous qui s'éloignera de la présente union soit réputé homme sans foi et sans honneur, et ne soit point tenu pour gentilhomme parmi nous. Seront suppliés de notre part tous les gentilshommes du royaume absents de s'unir avec nous par députés, pour maintenir l'intérêt général de toute la noblesse, et joindre leurs très-humbles supplications aux nôtres. Le présent écrit a été signé sans distinction ni différence de rang et de maisons , afin que personne n'y puisse trouver à redire. De plus , nous promettons que si quelqu'un des soussignés et intéressés est troublé et attaqué en quelque sorte que ce soit dans la suite de cette aflaire , nous prendrons ses intérêts comme communs, et tous en général et en particulier , sans nous en pouvoir séparer par aucune considération ; et sera déclaré infâme et sans honneur celui qui en useroit autrement. En expli-

i. L'évêque de Chartres était de la famille de Mérinville. On a fait, dans les précédentes éditions, deux personnages distincts de l'évêque de Chartres cl de Mérinville.

2. Il a déjà été question de celle querelle des labourcts, t. III, p. 457. Voy. les notes à la i\\\ du volume.

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