LA NOBLESSE DE 1649 ET CELLE DE
les armes naturelles de la noblesse , l'honneur et la réputation , et s'il descend jusqu'à montrer un recours au parlement , il faut se souvenir que cette compagnie s'étoit alors rendue le fléau et le fouet du cardinal Mazarin , qui en mouroit de peur. Du reste , parmi ces messieurs point d'aboiement , point de rumeur populaire , rien d'indécent , tout mesuré avec sagesse et dignité, comme personnes qui se sentent, qui se respectent, et qui sont incapables de rien d'approchant du tumulte populaire ni des mouvements des halles. Enfin . pour dernière difTérence parfaite, toute contradictoire de ces messieurs de 1649 d'avec ceux de 1717 , c'est qu'ils n'usurpent point un faux titre, et ne donnent point droit sur eux de demander qui ils sont et par quelle autorité ils agissent. Ils ne prétendent point être la noblesse , mais seulement être de ce corps. Ils ne se donnent ni pour le second ordre de l'État, ni pour représenter ce second ordre ; ils se reconnoissent des membres et des particuliers de ce second ordre , qui , pour un intérêt commun , effectif, palpable, pressant, s'associent. On ne peut donc leur demander, comme à ceux de 1717 , qui ils sont, ce qu'ils veulent, par quelle autorité ils agissent. On voit clairement quels ils sont, et ils ne se donnent pas pour autres. On sent pleinement ce qu'ils veulent , et ce qu'ils ont raison de vouloir. Enfin l'autorité qui les fait agir n'est ni fausse ni chimérique. C'est le plus évident et le plus commun intérêt qui, sans mission et sans autorité de personne, donne droit d'agir, de défendre, de demander à quiconque en a raison et nécessité effective, et qui le font, entièrement dégagés des misérables inconvénients de la foule aveugle et du tourbillon. Quelle disparité de 1649 à 1717 ! elle va jusqu'au prodige.
Néanmoins on ne sauroit nier qu'avec tant de contraste il ne s'y trouve quelques conformités. Le mélange des noms inévitable, comme on l'a dit, quand on a besoin de nombre, et qu'il n'y a point de barrière, et le but secret du très-petit nombre de conducteurs. En 1647 , M. le Prince vouloit embarrasser le cardinal Mazarin pour le rendre souple à ses volontés; il avoit entraîné la foiblesse de Monsieur par ceux qui le gouver-noient, à ne pas s'opposer à ce dessein , qui n'alloit alors à rien de criminel. C'est ce qui donna lieu à ces assemblées , et ce qui les fît durer. Mais . dès que la peur qu'en eut le cardinal Mazarin l'eut humilié au gré de M. le Prince , il ne voulut pas aller plus loin , dont Monsieur fut fort aise. Ils agirent donc en conséquence par ceux qu'ils avoient dans leur dépendance en ces assemblées , mais ils ne voulurent pas tromper l'association dans son but. Toutes les histoires et les mémoires de ces temps-là racontent comment elle fut rompue. Tous ceux qui en étoient furent mandés et conduits honorablement chez le roi, où ils furent reçus avec beaucoup de distinction et d'accueil, la reine mère, Monsieur, M. le Prince , le conseil , toute la cour présente. Monsieur les présenta : la reine leur témoigna satisfaction de les voir, et opinion de leur fidélité. Un secrétaire d'État leur lut tout haut la révocation du rang et des honneurs accordés à MM. de Bouillon, et des tabourets de la princesse de Guéméné , et de Mmes de Senecey et de Fleix , et la montra aux principaux et à qui la voulut voir, pour (|ue leurs yeux les assurassent qu'il