EXCÈS DE LA PRÉTENDUE NOBLESSE
familles , contre le repos et la sûreté de la maison régnante , et de toute ' société. Cette remontrance ne réussit pas , encore moins la résolution prise par M. et Mme du Maine de ne reconnoître d'autres juges que le roi majeur, ouïes états généraux du royaume ; ils avoient bien leurs raisons pour cela. L'éloignement de la majorité donnoit du temps à leurs complots; et, avec ce parti qui se formoit et s'organisait de jour en jour , ils espéroient tout d'une assemblée qu'ils comptoient bien parvenir à faire ressembler à celle que la mort du duc et du cardinal de Guise déconcerta et dissipa. Mais M. du Maine n'étoit en rien un Guise , sinon par l'excès de l'ambition. M. le duc d'Orléans, poussé par les princes du sang, sentit enfin quelle atteinte donneroit à son autorité de régent la résolution du duc du Maine, si elle étoit soufferte, et quel exemple ce seroit s'il différoit ce jugement. M. et Mme du Maine, qui, par d'Effiat et par d'autres, savoient jour par jour ce que M. le duc d'Orléans pensoit sur leur affaire , comptèrent tellement sur son irrésolution , sa facilité , sa foiblesse, qulls ne doutèrent pas de hasarder une résolution si hardie, et qui comme leur affaire même étoit si opposée à toute règle et à toute loi. Ils s'y méprirent, et ce fut ce qui précipita leur jugement. Deux jours après la visite de Mme la duchesse du Maine au Palais-Royal, il fut rendu un arrêt au conseil de régence , où aucuns princes du sang , bâtards ni ducs ne furent présents , qui ordonna aux princes du sang et aux bâtards de remettre entre les mains des gens du roi les mémoires respectifs faits et à faire sur leur affaire , et Armenon ville , secrétaire d'Etat , fut chargé de le leur aller communiquer : c'étoit bien s'engager à juger incessamment et le leur déclarer d'une manière juridique.
Ces deux affaires marchoient ensemble , avec l'embarras pour le régent du czar dans Paris. Cette prétendue noblesse faisoit plus de bruit que jamais avant sa députation. Elle comptoit sur toute la protection du régent qui la laissoit dire et faire , et qui souffroit que M. de Châtillon et beaucoup d'autres du Paîais-Royal fussent à découvert ou secrètement d'avec eux. Ils étoient poussés et soutenus par d'Effiat et Canillac; et le duc de Noailles qui y avoit à la mort du roi donné le premier branle , se vouloit faire élever par eux sur les pavois. Avec de tels appuis auprès du régent , le parlement en croupe , M. et Mme du Maine à leur tête , elle leur tourna entièrement jusque-là qu'il y eut de leurs femmes qui se vantèrent qu'elles alloient prendre des housses et des dais , mais il est vrai qu'aucune n'osa le faire. Les ducs les laissoient s'exhaler et tirer leurs estocades en l'air sans rien dire ni faire , et sans inquiétude , parce que de tels glapissements n'en pouvoient donner. Ce fut dans ce tourbillon d'emportement et de confiance que les huit seigneurs dont on a parlé allèrent au Palais-Royal présenter leur mémoire , et qu'ils le rapportèrent de la façon que je l'ai raconté. Le régent avoit enfin ouvert les yeux , et les ouvrit à plusieurs de ces messieurs par une réception qu'ils en avoient si peu attendue. Le trouble se mit parmi eux ; la division , les reproches ; plusieurs se plaignirent qu'on les avoit trompés , et dirent au régent , et à qui voulut l'entendre , qu'ils ne s'étoient engagés que sur les assurances qui leur avoient été données que tout se faisoit du consentement et même par les ordres secrets du régent. Un grand nombre