‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 122 sur 319 · DE DANGEAU · texte numérisé non relu

DE DANGEAU

M. le prince de Conti allèrent au parlement^ qu'ils demandèrent que la protestation des princes légitimés ne fût pas reçue, et que M. le prince de Conti lut un petit mémoire lui-même. Voilà qui est bien précis sur la date, et bien circonstancié sur les faits.

Je n'eus occasion de voir ces Mémoires que depuis la mort de Dangeau , et cet endroit me surprit au dernier point. Je n'en avois aucune idée. Je ne pouvois comprendre qu'un fait de cet éclat fût sitôt effacé de ma mémoire , surtout avec la part que j'avois prise à toute cette affaire , par rapport à l'intérêt des ducs. D'un autre côté , je ne pouvois imaginer que Dangeau eût mis dans ses Mémoires une fausseté de cette espèce, et tellement datée et circonstanciée. Cela me tourmenta quelques jours; enfin, je pris le parti d'aller trouver le procureur général Joly de Fleury, et de lui demander ce qui en étoit. Il m'assura qu'il n'y en avoit pas un mot , qu'il étoit très-certain que jamais le duc du Maine et le comte de Toulouse n'étoient venus faire ces protestations au parlement , ni M. le Duc et M. le prince de Conti non plus demander qu'elles ne fussent pas reçues , qu'il avoit cela très-présent à la mémoire , et qu'un fait de tel éclat ne lui auroit pas échappé de la mémoire dans la place qu'il remplissoit dès lors , et qui le mettoit [en état] d'en être bien et promptement informé, s'il y en eût eu seulement la moindre chose , de ce que le parlement y eût fait ou voulu faire , et des suites que cela y auroit eues et au Palais-Royal '. Il est vrai aussi que Dangeau n'en marque aucune , quoiqu'il fût impossible que cela n'en eût eu de façon ou d'autre , quoiqu'il soit exact à n'en omettre aucune. Reste à voir si c'est une fausseté qu'il ait faite exprès . et qu'à faute de mieux , le duc du Maine ait désirée , pour qu'il restât au moins quelque part , et quelque part qui bien que sans plus d'autorité que les gazettes, seroit un jour comme elles entre les mains de tout le monde , pour qu'il restât, dis-je, un témoignage qu'il avoit conservé son prétendu droit aussi authentiquement qu'il avoit pu le faire, et qu'il l'avoit mia de la sorte à couvert contre tout jugement selon lui incompétent, par un acte si solennel , et qui n'avoit reçu ni condamnation ni contradiction. (En effet elle en étoit bien à couvert, puisque jamais elle n'a été faite) et après prétendre , que ne se trouvant pas dans les registres du parlement , elle en aura été ou omise par ordre exprès du régent , ou tirée par la même autorité de ces registres si elle y avoit été d'abord mise. Peut-être aussi Dangeau l'aura-t-il cru et mis sur la parole de Pompadour , avec la circonstance de M. le Duc et de M. le Prince deux jours après, pour mieux appuyer et assurer le premier mensonge, dont ce vieillard renfermé chez lui aura été la dupe. Quoi qu'il en soit, il est sûr que la chose est fausse . et que le procureur général Joly de Fleury , dont la mémoire ni la personne en cela ne peuvent être suspectes ,

♦ . Une noie, écrite sur la marge du manuscl'it autographe de Saint-Simon est ainsi conçue : a Le fait rapporté par Dangeau est vrai, je viens de le vérifier sur le Journal du parlement. » Cette note eslprohablemenl de M. Le Dran, qui était principal commis des affaires étrangères en -1761, lorsque les manuscrits de Saint-Simon y furent déposés.

Page 1