‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 137 sur 319 · ÉTATS GÉNÉRAUX INUTILES POUR LES FINANCES · texte numérisé non relu

ÉTATS GÉNÉRAUX INUTILES POUR LES FINANCES

perçants , qui voient très-bien que rien du dehors ni du dedans ne vous engage à convoquer une pareille assemblée; conséquemment que, dès que vous la convoquerez pour les juger, ou dès que le jugement s'ensuivra, comme je crois l'avoir démontré, qui ne s'en prendront qu'à votre volonté . laquelle . laissée à elle-même par la situation des choses, se sera librement déterminée de son plein gré à ce parti , conséquemment à vous de ce qui en résultera à l'égard de la question qui y est décidée. Eh ! que Votre Altesse Royale perde en ceci toute confiance aux adresses , aux négociations , aux interpositions. Tout se mesurera par la décision , et dans cette décision tout n'est qu'accessoire , hors un point unique qui est celui de la question.

Delà manière dont cette question sera déterminée, tout dépendra donc pour vous, c'est-à-dire la haine certaine des uns, le gré médiocre des autres , qui à travers tout pénétreront , se porteront , ne considéreront que vous comme convocateur et moteur de l'assemblée : convocateur certain et d'autant plus assuré que vous l'aurez fait en toute liberté ; moteur, personne n'en sauroit répondre que le dépit de ceux qui auront perdu leur procès ; mais à l'égard de qui l'aura gagné , peu de gré à vous , un médiocre à l'assemblée, beaucoup à la nature de leur cause ou à celle de leurs établissements , non peut-être sans quelque indignation de tant de circuits et de peines à se voir enfin au bout des leurs. Au contraire, la haine et le dépit qui l'aura perdu, n'osant et ne pouvant mordre sur une telle assemblée avec laquelle il seroit trop imprudent de rompre toute mesure , tombera à plomb sur vous d'une manière d'autant plus envenimée que la solennité du jugement en aura infiniment augmenté la douleur et la confusion. Ainsi, Monseigneur, comptez d'en recueillir une haine d'autant plus dangereuse que cette voie de finir la question est plus solennelle et publique, conséquemment plus pénétrante ; que cette haine sera trop forte pour ne tomber sur personne , que l'assemblée n'en est pas susceptible , que par les raisons touchées , et par mille autres , vous êtes le seul à qui elle puisse s'appliquer.

La double vue qui vous fait penser à porter l'aff^aire des princes aux états généraux, ne pouvant que vous faire plus lourdement tomber dans ce que vous voulez éviter et que vous attendiez de cette voie, la conclusion n'est pas difficile que les réflexions de Votre Altesse Royale doivent la porter à l'abandonner sur ce point. Or, celui des finances n'en tirant aucun secours , et Votre Altesse Royale ne pensant à une tenue d'états généraux que pour les finances essentiellement, et subsidiairement pour l'afTaire des princes, il me paroît qu'elle ne peut être conseillée de les assembler. Mais ce n'est pas assez de vous les avoir démontrés parfaitement inutiles pour les desseins que vous vous en étiez proposés-, il faut encore faire faire à Votre Altesse Royale l'attention nécessaire sur les inconvénients qu'ils pourroient produire à présent.

On ne peut les prévoir tous , et il est aisé qu'il en arrive de plus grands que ceux dont on va parler, tant de la combinaison et de l'entrelacement de ceux-là mêmes que des événements fortuits et de la nature des choses. Le premier qui se présente à l'esprit est l'embarras qui naîtra des corapét(*iccs et des rangs qui seront respectivement prétendus. On

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