FIN DU COMITÉ DES FINANCES
vînmes aisément que nous ne viendrions jamais à bout de lui en inspirer la résolution, ou que, s'il la prenoit, contre notre espérance, jamais les cris et les brigues des intéressés ne la lui laisseroient exécuter. Cette prodigieuse foiblesse . qui perdit constamment une régence qui auroit pu être si belle , si utile au royaume , si glorieuse au régent , et dont les suites auroient été en tout d'un aussi grand avantage , fut l'obstacle continuel à tout bien, et la cause perpétuelle de la douleur de tous ceux qui désiroient sincèrement le bien de l'État et la gloire du régent. Nous comprîmes enfin , le chancelier et moi , qu'en proposant au régent une réforme si utile , elle ne se feroit jamais , et que tout le fruit que nous retirerions de notre zèle seroit la haine de tant d'intéressés. Cette considération nous ferma donc la bouche , et la chose en demeura entre nous deux.
Le long et ennuyeux travail du comité étoit fini , il s'assembla plusieurs fois chez M. le duc d'Orléans , où les dernières résolutions furent prises unanimement. Les principales furent de ne point toucher aux rentes de l'hôtel de ville; d'ôter le dixième , tant pour tenir la parole si solennellement donnée en l'imposant de le supprimer à la paix , que parce que , dans le fait , on n'en pouvoit presque plus rien tirer. Le fonds de un million deux cent mille livres destiné par an aux bâtiments fut réduit à la moitié ; [il y eut] plusieurs retranchements de pensions fort inutilement données , et des diminutions sur d'autres. Les menus plaisirs du roi de dix mille livres par mois , et sa garde-robe de trente-six mille livres, furent réduits, les menus plaisirs à moitié, la garde-robe cà vingt-quatre mille livres. A l'âge du roi tout cela s'en alloit en pillage. Il y eut encore d'autres choses retranchées , et de la diminution sur les intérêts des sommes empruntées au denier vingt.
Les chefs et présidents des conseils furent mandés à un conseil extraordinaire du jeudi après-dîner, 19 août, où le duc de Noailles rendit compte de ce qui avoit été concerté. Il fut réglé que l'édit en seroit dressé en conformité, pour être envoyé enregistrer au parlement. Le lendemain le comité s'assembla encore chez M. le duc d'Orléans pour voir le projet d'édit et le perfectionner.
Le premier président avoit un démêlé avec les enquêtes et les requêtes sur le nombre et le choix des députés quand il s'agiroit d'en nommer aux occasions qui le demanderoient. La grand'chambre sembloit partiale pour le premier président , parce que , maître du choix dans cette chambre , il vouloit exclure les autres , qui cependant ne sont pas moins qu'elle des chambres du parlement. Après bien du bruit, ils convinrent que la grand'chambre auroit seule sept députés , et les cinq chambres des enquêtes et les deux des requêtes chacune un, ce qui en fait sept autres -, ainsi à elles sept la moitié des députés , et la grand'chambre seule une autre moitié. Cette affaire ne se passa pas bien pour le premier président, qui demeura assez mal avec la compagnie, laquelle depuis longtemps le regardoit comme un double fripon , dont le métier étoit de tirer tant qu'il pouvoit d'argent de M. le duc d'Orléans.
L'édit porté au parlement lui parut une trop belle occasion pour n'en
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l'A-, profiter. Messieurs opinèrent qu'il leur falloit faire voir un détail des revenus et des dépenses du roi avant qu'ils décidassent s'ils enregistreroient l'édit. Le premier président alla en rendre compte au régent, et le lendemain après dîner, il reçut une députation du parlement, à laquelle il dit qu'il ne souffriroit point qu'il fût donné la moindre atteinte à l'autorité royale , tandis qu'il en seroit le dépositaire. Les quatorze commissaires députés s'assemblèrent. Les gens du roi furent ensuite au Palais-Royal. Le parlement s'assembla ensuite, et enregistra la suppression du dixième , de beaucoup de francs salés , et d'autres articles. Sur ceux qui restoient , M. le duc d'Orléans eut la foiblesse , poussé par la frayeur qui avoit saisi le duc de Xoailles , et son désir de faire sa cour au parlement , de les faire discuter par ce duc en sa présence , le dimanche matin .) septembre , aux quatorze députés du parlement , et il y fit aussi entrer le sieur Law pour leur expliquer les avantages qui en reviendroient pour la compagnie du Mississipi'. De tout cela pas un mot au conseil de régence, et, s'il se pouvoit, beaucoup moins à moi en particulier; aussi n'en dis-je pas une parole à M. le duc d'Orléans, suivant ma coutume , quand il s'agissoit du parlement.
Il s'assembla le lendemain matin, et après-diner, pour entendre le rapport des commissaires , et comme il ne fut pas encore pour achever l'enregistrement, et qu'il étoitle 6 septembre , il fut prorogé par le roi jusqu'au 14. Il demanda jour et heure au régent pour venir faire des remontrances au roi. Ils y vinrent le jeudi 9 ; le régent les présenta, et le roi leur dit qae le chancelier leur expliqueroit sa volonté. La députation fut nombreuse. Enfin , le lendemain matin vendredi 10 , l'édit entier fut enregistré avec une déclaration du roi qui en expliquoit quelques endroits. Aussitôt après , le parlement eut liberté d'entrer en vacance, et les conseils en eurent aussi une de trois semaines. Ainsi , le parlement, qui se prétend le tuteur des rois mineurs et des majeurs aussi quand il peut , voulut montrer ici que ce n'est pas en vain , et en fit une fonction solennelle.
La foiblesse du maître et du ministre à qui il eut affaire ne servit à rien à tous deux. Le parlement s'enorgueillit jusqu'à l'ivressa, l'autorité du régent déchut; il ne tarda pas à s'apercevoir de l'un et de l'autre. Pour le duc de Xoailles, qui mouroit toujours de peur de la robe à qui il étoit accoutumé de faire une cour servile , il ne s'en fit que mépriser , et il ne fut pas longtemps à l'éprouver. A l'égard de Law, qui pensoit mieux là-dessus, il ne put qu'obéir. Le régent, en tenant bon et se moquant d'une prétention aussi dangereuse qu'inepte, auroit hautement forcé le parlement à enregistrer son édit, ayant le public derrière lui pour la suppression du dixième et d'autres points qui Tintéressoient si fortement. Ce prince ne sut pas profiler de cet avantage, dont il eût pu tirer un si utile parti, et il encouragea, au contraire, et ouvrit la voie à ceux qui par divers intérêts se réunissoient entre eux , pour brouiller,
4. Les lettres patentes qui établissaient la compagnie d'Occident ou du Mississipi sont de la fin d'août 1717; elles furent enrejjisliées au parlement de Paris le G septembre de la même année.