‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 217 sur 319 · SAINT-SAPHORIN EMPLOYÉ À VIENNE · texte numérisé non relu

SAINT-SAPHORIN EMPLOYÉ À VIENNE

Un nommé Saint-Sapliorin , Suisse du canton de Berne, fort décrié depuis longtemps par plusieurs actions contre l'honneur et la probité, et par ses manèges encore et ses déclamations contre la France, étoit celui dont le roi d'Angleterre se servoit à Vienne, et croyoit se pouvoir confier à lui. Il s'applaudissoit d'avoir su conduire les choses au point où elles en étoient. Il conseilloit de ne pas songer au roi de Prusse , quoique la France le désirât, mais d'attendre que tout fût réglé et d'accord , parce qu'on auroit alors ce prince à bon marché. Il mandoit que la seule proposition d'y faire intervenir le roi de Prusse alarmeroit les Impériaux au point de renverser les bonnes dispositions où les offices du roi d'Angleterre avoient mis l'empereur pour le régent, que ses ministres avoient déjà dit que, s'ils s'apercevoient que le régent voulût comme les forcer par les alliances qu'il contracteroit dans l'empire, ils rejetteroient toute proposition et prendroient tout autre parti plutôt que de subir la loi qu'on leur voudroit imposer , parce que enfin l'empereur ne s'étoit rendu aux instances du roi d'Angleterre que par considéra tion pour lui , et non par la nécessité de ses affaires ; qu'il étoit même persuadé que, demeurant libre de tout engagement et attendant tranquillement les occasions favorables de faire valoir ses prétentions, il trouveroit des avantages plus grands qu'en se pressant de traiter , qu'il falloit donc suivre le sentiment de ces ministres de Vienne , achever premièrement l'alliance avec la France et convenir après, de concert, du choix des princes qu'il seroit à propos d'y faire entrer. Alors l'empereur ne s'opposeroit pas à mettre le roi de Prusse dans ce nombre, s'il se gouvernoit bien, mais qu'il falloit compter que l'empereur romproit toute négociation, si l'Angleterre et la Hollande insistoient à comprendre quelque autre puissance dans l'alliance avant qu'elle fût signée. Les intentions du roi de Prusse étoient également suspectes à Vienne et à Londres, parce que son caractère étoit également connu dans les deux cours.

Ce prince, uniquement occupé de son intérêt, embrassoit tous les moyens propres à y parvenir. Souvent il se trompoit dans le choix ; mais la route qu'il croyoit la plus sûre étoit d'exciter les troubles dans l'Europe. Il se flattoit d'être assez habile pour en profiter, et dans cette confiance , il entreprenoit légèrement et se désistoit encore plus légèrement lorsqu'il craignoit le péril ou l'engagement qu'il avoit pris. La crainte étoit ce qui agissoit le plus sur lui. Il n'étoit pas difficile, surtout à l'empereur , d'user de ce moyen pour le contenir. Il trembloit à la moindre menace de Vienne, et la moindre apparence de faveur de cette cour auroit pu rompre les traités les plus solennels qu'il auroit faits. Ce prince, lié avec la France, ne cessoit de protester à Vienne qu'il étoit dévoué à la maison d'Autriche. Absolument détourné, comme on l'a vu, par ses ministres de venir en France pendant que le czar y êloit, il avoit fait dire à l'empereur que la crainte de lui déplaire avoit rompu son voyage. Ainsi on conseilloit au régent d'abandonner la pensée de faire entrer le roi de Prusse dans le traité comme un projet inutile, en ce que l'accession de ce prince ne fortifîeroit pas l'union qu'il s'agissoit de former avec l'empereur, et dangereux en ce que les instan-

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