‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 218 sur 319 · ROI DE PRUSSE SUSPECT · texte numérisé non relu

ROI DE PRUSSE SUSPECT

ces que Son Altesse Royale continueroit en faveur du roi de Prusse seroient à Vienne un sujet d'ombrage et de jalousie qu'il seroit difficile de dissiper. C'est ce que disoient les ministres les plus confidents du roi d'Angleterre, les Allemands surtout, qui avoient beaucoup de complaisance pour l'empereur , lequel n'y répondoit pas avec la même franchise.

Il étoit bien aise que le roi d'Angleterre, comme prince de l'empire, eût besoin de lui , pour conserver les États usurpés sur la Suède , et il le vouloit tenir toujours dans sa dépendance. Saint-Saphorin crut même s'apercevoir que cette cour étoit fâchée que les offices du régent eussent contribué à la sortie des troupes moscovites du Mecklerabourg , parce qu'elle auroit cru profiter de leur plus long séjour pour disposer encore plus aisément du roi d'Angleterre.

Ce prince avoit demandé à l'empereur de faire sortir des Pays-Bas les partisans du Prétendant. L'empereur le lui avoit promis. Cependant il restreignit ses ordres aux principaux chefs , et il en écrivit même si foiblement au marquis de Prié , que les ministres d'Angleterre ne lui en surent nul gré , et qu'ils crurent que plus la France abandonnoit ce malheureux prince, plus l'empereur lui étoit favorable. Cela ne refroidit pas néanmoins les ménagements du roi d'Angleterre pour l'empereur. Ses ministres , surtout les Allemands , engagèrent la nation angloise à lui payer les restes des subsides dus de la guerre précédente. Le projet étoit de lui faire donner sous ce prétexte cent mille livres sterling. L'empereur prétendoit que la dette se montoit bien plus haut. Les Anglois qui n'étoient pas dans le ministère soutenoient au contraire que la nation n'en devoit rien , et ils traitoient de fort étranges les demandes que faisoit l'empereur d'être payé d'un reste de subsides d'une guerre dont il avoit seul profité, et que l'Angleterre avoit faite uniquement pour l'intérêt de la maison d'Autriche. Les rois de Danemark et de Prusse se plaignoient de la complaisance que les Anglois avoient pour l'empereur, pendant qu'ils ne recevoient aucun payement des subsides qu'ils dévoient toucher pour la guerre du nord qu'ils soutenoient actuellement de concert avec le roi d'Angleterre.

Cette complaisance n'empêchoit pas que la cour de Vienne ne se plaignît , à la moindre occasion , de tout ce qui pouvoit lui déplaire de la part des Anglois. Elle prétendoit que le comte de Peterborough avoit donné des conseils inconsidérés aux princes d'Italie. L'empereur en fit porter ses plaintes à Londres , avec des menaces de le faire arrêter s'il traversoit en Italie des pays occupés par ses troupes. Peterborough reçut une réprimande et avis d'éviter d'entrer dans les États de l'empereur. Ce prince informa ses ministres en France des propositions qu'il recevoit de l'Angleterre pour conserver, disoit-il, la paix universelle dans l'Europe , et former une amitié plus étroite avec le régent. Mais l'avis qu'il en donna , vers le mois de juillet , au comte de Kœnigseck , son ambassadeur à Paris, n'étoit que général. Il lui apprenoit seulement que la cour d'Angleterre attendoit de nouveaux avis de Paris ; qu'elle ne vouloit rien proposer que sur un fondement solide ; qu'elle avoit cependant laissé entendre que, si la cour de Madrid éloit trop difficile, l'ouvrage s'achèveroit avec le régent à l'exclusion de l'Espa-

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