‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 219 sur 319 · CONSEILS AU DUC DE PARME · texte numérisé non relu

CONSEILS AU DUC DE PARME

gne. L'empereur ordonnoil de plus à Kœnigseck des assurances agréables d'entretenir avec Stairs une intelligence étroite.

Kœnigseck se persuadoit assez que le régent n'avoit nulle part à l'entreprise de Sardaigne, et qu'il verroit avec peine une occasion de renouveler la guerre. Cependant il ne pouvoit croire qu'il n'en eût pas été informé avant l'exécution. Il étoit vrai pourtant que le régent n'en avoit eu nulle connoissance. On ne croyoit pas qu'aucun prince d'Italie , non pas même le duc de Parme , eût eu part au secret si bien gardé par Albéroni. Au moins l'ignoroit-il au commencement de juillet, qu'il conseilloit au roi d'Espagne de tenir parole au pape sur l'envoi et la destination de sa flotte. Il l'exhortoit en même temps à donner quelques marques de ressentiment de la détention de Molinez, qui étoit une telle infraction au droit das gens, qu'elle ne pouvoit être passée sous silence, mais d'y employerjdes paroles ., non les armes; de s'adresser aux garants de la neutralité de l'Italie, et d'exciter les autres princes de l'Europe à prendre des mesures contre les desseins de l'empereur, qu'il montroit assez , d'usurper le souverain domaine de toute l'Italie.

Ce prince s'étendoit à remontrer le danger de laisser l'Italie en proie à l'empereur, qui rendroit même le roi d'Espagne vacillant sur son trône. Il disoit savoir de bonne part que le comte de Gallas avoit des instructions et des pouvoirs fort étendus pour faire en sorte d'assurer à l'empereur , dont il étoit ambassadeur à Rome , la succession du grandduc: qu'il devoit faire de grandes offres aux parents du pape; qu'il avoit pouvoir de leur promettre un État en souveraineté dans la Toscane; qu'il se flattoit de conduire le pape jusqu'où il voudroit par le cardinal Albane , tout autrichien , et par plusieurs autres cardinaux ; que l'empereur deviendroit ainsi aisément maître des États de Toscane, où, Libourne étant compris , il se trouveroit encore en état d'avoir des forces maritimes et de se rendre maître de la Méditerranée comme il le seroit de l'Italie. A quoi le duc de Parme ajoutoit des raisonnements puissants et qui raarquoient qu'il n'avoit encore aucune connoissance de ce que l'Espagne méditoit sur la Sardaigne et ensuite à l'égard de l'Italie.

Le courrier qui portoit de l'Escurial à Rome l'accommodement entre les deux cours arriva au commencement de juillet. Au lieu d'y causer de la joie, il mit le pape dans une colère étrange, parce que l'Espagne n'avoit pas voulu annuler par un décret ceux qui avoient été précédemment faits, et que le pape prétendoit blesser l'honneur du saintsiége. Il s'emporta contre Aldovrandi; dit qu'il lui avoit menti dans le fond et dans la forme; s'expliqua en termes très-vifs à Santi, envoyé de Parme ; maintint qu'Aldovrandi lui avoit offert la satisfaction qui se trouvoit refusée, dont il lui avoit montré la minute concertée avec Albéroni et Aubenton, sur quoi lui-même avoit dressé un nouveau projet de décret, dont Aldovrandi, qui le trahissoit, avoit emporté la minute; lequel, malgré ses ordres les plus positifs là-dessus, venoit de conclure l'accommodement sans obtenir une pièce si importante, et qu'il devoit regarder comme principale. Mais ceux qui connoissoient les mouvements mpétueux de sa colère n'en prirent pas une grande alarme.

Le Prétendant, prêt à quitter Rome, vint prendre congé du pape. Il

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