‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 253 sur 319 · MORT DE RICHARD HAMILTON · texte numérisé non relu

MORT DE RICHARD HAMILTON

lui. Il étoit assez vieux, et fut regretté de toute l'Espagne, et infiniment dans son diocèse- La comtesse d'Harcourt, qui se fit appeler depuis comtesse de Guise, comme on l'a vu ailleurs, perdit Mme de Monjeu sa mère, qui étoit Dauvet des Marests.

En même temps mourut aussi Richard Hamilton. C'étoit un homme de beaucoup d'esprit , qui savoit , qui amusoit , qui avoit des grâces et beaucoup d'ornement dans l'esprit , qui avoit eu une très-aimable figure et beaucoup de bonnes fortunes en Angleterre et en France , où la catastrophe du roi Jacques II l'avoit ramené. Il avoit servi avec distinction , et la comtesse de Grammont , sa sœur , l'avoit initié dans les compagnies de la cour les plus choisies ; mais elles ne lui procurèrent aucune fortune , pas même le moindre abri à la pauvreté. Il étoit catholique , et sa sœur l'avoit mis dans une grande piété qui l'avoit fait renoncer aux dames, pour qui il avoit souvent fait de très-jolis vers et des historiettes élégantes. Sa demeure étoit à Saint-Germain. Il alla mourir à Poussay chez sa nièce , qui en étoit abbesse , pauvre elle-même , mais moins pauvre que lui , pour ne pas mourir de faim.

Vers le milieu de décembre , l'abbé de Bonnœil fut trouvé tué dans sa chambre de coups de bâton sur la tête , et de coups d'épée dans le corps par devant et par derrière , et son valet de chambre , qui étoit son seul domestique , au même état près de lui , son épée nue auprès de lui , et un couteau de chasse nu auprès de l'abbé. Il étoit grand joueur, avoit beaucoup gagné depuis peu et voyoit assez bonne compagnie. On le trouva volé. La femme du valet de chambre fut arrêtée sur quelques indices. Elle avoua qu'elle étoit en commerce avec un soldat aux gardes, qui entra dans la maison pour tuer le valet de chambre et voler te maître , qui , pour son malheur , rentra chez lui bien plus tôt qu'à l'ordinaire , comme l'expédition s'achevoit. Le soldat fut arrêté à Bar un matin dans son lit , qui , se voyant pris , se tua tout roide d'un poignard qu'il avoit sous son chevet. On prit aussi un laquais de Mme du Guesclin , chanoinesse, qui voulut tuer sa maîtresse. Elle eut le courage de lui arracher son épée et la charité de lui dire de se sauver. Sa femme de chambre , qui étoit du complot , fut prise aussi. Ces tragiques aventures firent redoubler les défenses des jeux de hasard , et mettre en prison une trentaine de tailleurs au pharaon , qui continuoient leur métier malgré les premières défenses.

Les états de Bretagne s'ouvrirent de façon à ne pas laisser douter qu'il n'y eût du bruit, et qu'on ne s'y fût préparé dans la province. La noblesse qui vint au-devant du maréchal de Montesquieu arrivant à Rennes pour les tenir, se formalisa de ce qu'il ne sortit point de sa chaise de poste pour monter à cheval avec elle, et de ce qu'au lieu d'aller aux états de son logis à pied, avec une foule de noblesse venue chez lui pour l'y accompagner, il s'y fit porter en chaise. En ces deux points la noblesse n'avoit pas tort ; mais elle en prit occasion de traiter fort mal le maréchal de Montesquieu, à qui ils disputèrent tout, et de là , non contents de refuser le don gratuit par acclamations , comme ils l'avoient toujours fait depuis 1672, et peu satisfaits d'un million de di-

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