‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 280 sur 319 · RARE EXPÉDIENT DU PAPE · texte numérisé non relu

RARE EXPÉDIENT DU PAPE

Malaga, mais il n'y vouloit pas s'ennuyer et perdre sa toute-puissance. Il demanda donc une dispense de ne point résider. Le pape le refusa. Il dit que les niotifs qu'il alléguoit n'étoient pas suffisants: que, pour l'amour de lui. il avoit essuyé tant de désastres, surtout pour sa promotion au cardinalat, qu'il n'avoit pas résolu d'exposer davantage sa conscience pour le favoriser. Mais comme il sentoit qu'il n'étoit pas politique de perdre le fruit de tout ce qu'il avoit fait pour lui , et de s'aliéner le maître et le dispensateur de toutes choses en Espagne . content d'un refus pour plaire à l'empereur, il fit dire à Albéroni que tout ce qu'il pouvoit faire étoit de lui accorder la permission de s'absenter six mois l'année de son église: que la disposition des conciles lui en permettoit l'absence autres six mois . et que , par cet expédient si heureusement trouvé, il auroit ce qu'il demandoit de n'y point aller du tout. Ainsi, dans ce temps, on pouvoit alléguer les conciles pour dispenser un évêque de six mois par an de résidence: mais Rome regardoit comme une erreur et comme une offense à la personne et à la dignité du pape de parler de concile quand il s'agissoit de la constitution.

Quelque sujet qu'il eût d'être satisfait du zèle aveugle et emporté que témoignoient pour son autorité et pour la plénitude de sa toute-puissance plusieurs évêque'' ^'mnçois , il craignoit toujours dans leurs écrits quelque marque de leur prévention pour l'autorité de l'Église universelle , soit assemblée , soit dispersée. Rome eût regardé comme un grand manque de respect et comme up^ erreur punissable si les évêques eussent dit que la constitution faisoit loi et obligeoit les fidèles parce qu'elle avoit été reçue dans l'Église, comme si. disoit cette cour, la cause nécessaire qui produisoit cet efi'et étoit l'acceptation de l'Église. Rome craignoit toujours ce qu'elle appeloit les maximes et les phrases françoises, et plus encore la frayeur des prélats françois vendus à Rome de s'exposer aux attaques des parlements.

Bentivoglio, dont les furieuses folies pour mettre tout à feu et à sang en France pour hâter sa promotion faisoient demander aux plus, attaché.-, à Rome un nonce plus traitable et moins enragé, ne put se contenter de parler au pape des choses de France ; il voulut lui donner ses conseils sur l'événement de la nonciature de Naples; et après l'avoir si souvent et si fortement importuné de faire une ligue étroite avec l'empereur pour se soumettre la France, il le pressa de chercher à borner l'insupportable ambition et puissance de l'empereur, qui vouloit mettre toute l'Europe aux fers. Son jugement parut également en ces deux conseils si contradictoires. Il pressa le pape de former une ligue avec l'E; pagne, le roi de Sicile et les Vénitiens également intéressés à diminuer la puissance de l'empereur. Il lui recommanda le secret et la diligence, lui dit que les hérétiques s'armoient contre lui, tandis que ses enfants l'insultoient. Il chercha à l'effrayer de l'escadre que l'Angleterre armoit.

Don Alexandre, frère du cardinal Albane, passoit pour l'espion secret des Espagnols dans l'intérieur du pape son oncle, et pour avoir reçu d'eux quinze mille pistoles à la fois, sans compter d'autres grâces. Le pape mécontentoit tous les princes , n'en ramenoit pas un . n'avoit encore

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