DOCTEUR SERVI, MÉDECIN PARMESAN
choses inutiles , et de manquer de tout pour les nécessaires. Il s'épuisoit sur ses propres louanges ; disoit que l'Espagne ne se pouvoit flatter d'un accommodement raisonnable si elle ne se montroit armée, espérant d'obliger les plus indiflerents à entrer en danse, et de faire venir à chacun l'envie de danser par les bons instruments qu'on accordoit à Madrid. Ainsi il étoit évident qu'il ne songeoit qu'à la guerre et point à traiter; que sa répugnance étoit entière pour la médiation d'Angleterre; qu'il ne traiteroit même pas par celle des États généraux malgré sa prédilection pour eux. Nonobstant ces notions claires, les Anglois ne laissoient pas de le ménager , et ne désespéroient pas encore de parvenir à leurs fins. Georges fit renouveler à la reine et au cardinal tout ce qu'il leur avoit déjà fait promettre en cas de mort du roi d'Espagne.
Sa santé serétablissoit, mais il étoit plongé dans une mélancclie profonde, et tellement dévoré de scrupules, qu'il ne pouvoit se passer un moment de son confesseur, quelquefois même au milieu de la nuit. Albéroni, qui vouloit être maître absolu de tous ceux qui approchoient familièrement du roi d'Espagne , fit venir un médecin de Parme , nommé le docteur Servi. Il se déficit du premier médecin, chirurgien et apothicaire du roi , tous trois François , tous trois fort bien dans l'esprit du roi et de la reine ; mais le cardinal les trouvoit trop rusés et trop adroits pour les laisser en place. Tous les premiers ministres se ressemblent en tous pays. La principale qualité d'un médecin, selon celui-ci et tous les premiers ministres , étoit de n'être point intrigant ; l'intrigue , selon eux , est la peste des cours. Tout est cabale, et en est qui ils veulent en accuser. Le cardinal prétendoit que celle d'Espagne en étoit pleine, et se mettoit peu en peine de la capacité du médecin. Celle de Servi étoit des plus médiocres ; mais le hasard y devoit suppléer. Le point étoit qu'il eût du flegme, de li patience, du courage pour éluder les panneaux et les traits des trois François , qui ne manqueroient pas de le tourner en ridicule, et s'ils pouvoient, de le dégoûter assez pour lui faire reprendre le chemin d'Italie. Il s'en est bien gardé. Il a figuré depuis, et a été premier médecin de la reme, et puis du roi jusqu'à sa mort, et l'est encore de la reine sa veuve.
Ces dispositions faites, Albéroni, vcyant la santé du roi d'Espagne rétablie, sentit l'inutilité des ofi'res du roi d'Angleterre. Il y répondit comme il devoit pour la reine et pour lui , mais sans donner au fond à ces compliments plus de valeur qu'ils n'en méritoient. Il ne parla pas même au colonel Stanhope d'une proposition que le P. Daubenton lui avoit faite, et à laquelle il n'auroit eu garde de s'avancer sans l'ordre du cardinal : c'éloitle mariage du prince des Asturies avec une fille du prince de Gall s. Le colonel, qui n'étoit pas instruit des intentions du roi son maître, n'osa répondre précisément sur une matière dont il sentoit les difficultés et les conséquences par rapport à la religion , et à la jalousie que le régent d'une part , et l'empereur de l'autre , en pourroient prendre. Albéroni donc n'en ouvrit pas la bouche; il se contenta dans ses conférences avec le colonel Stanhope de lui faire quelques questions sur la personne et le caractère de la princesse. Ainsi la défiance étoit mutuelle parmi tous ces témoignages d'amitié. L'escadre qui s'armoit
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en Angleterre l'augmentoit beaucoup. Monleléon ne le cacha pas au roi d'Angleterre, qui protesta toujours de son désir de venir à bout de la paix et que i'escadr? ne legardoit point le roi d'Espagne, mais l'insulte que la nalion au^'loise avoit reçue en la personne du comte de Peterborough.
Il paroissoit plus d'union et de sincérité entre la France et l'Angleterre. Néanmoins, les ministres de Georges, surtout les Hanovriens, trouvaient mauvais que le régent se montrât si opiniUre à vouloir la renonciation absolue de l'empereur à la monarchie d'Espagne, et l'assurance des successions de Parme et de Toscane en faveur d'un fils de la reine d'Espigne. Penierrieder assuroit que j .mais l'empereur ne consentiroità l'une nia l'autre de ces conditions; que c'étoit une nouveauté directement contraire au plan dont l'abbé Dubois étoit convenu lorsqu'il étoit à Hanovre. Bernsdorff et ceux qui dépendoient de lui secondoient Pen'errieder. Ils traitoient la fermeté et les instances du régent de (Uspositions équivoques de la France et d'irrésolut'ons sans fin du régent. Robeton, ce réfugié que Bernsdorff avoit in^inué dans les affaires, décidoit et déclaroit que, si le régent ne se relàchoit sur c:s deux articles, il étoit inutile de négoc'er; que ce n'étoit que par des tempéraments qu'on pouvoit conduire les choses à une heureuse fin.
Si les principales puissances intéressées dans la négociation étoient dans une telle défiance réciproque, le roi de Sicile, plus so pçom eux et plus persuadé que qu' que ce lût que la défiance est une part e essentielle de la politique, cra gnoit à proportion de son caractère les effels dune négocialion commencée et conduile à son insu, dont vraisemblablement une des premières conditions sero t de le dépouiller e la Sicile. On ne lui en avoit pas fait en o^e la moindre ouver.u e tout à la fin de cette année. Il se plaignit à l'Angleterre d'un mystère si long à son égard, qui ne pouvoit lui annoncer rien que de mauvais. Stanhope y répondit qu'il étoit vrai qu'on avoit qu. loues espérances de procurer le repos à l'Europe . en particulier à lltalie , mais si foibles jusqu'alors et si incertaines . qu il étoit iirpossible de faire nucun plan et de ne rien dire. La Pérouse représenta que son maître, plein de confiance pour le roi d'Angleterre, auroit dû en espérer un retour réciproque. Il assura que ce prince ne plieroit jamais mal à propos, qu'il ha arderoit tout plutôt que de souffrir une injustice; que l'Ans^leter.e étoit garante des avantagea qu'elle lui avoit procurés par le traité d'Utrecht; qu'ils étoient proprenient le fruit des servxes qu'il avoit rendus jiendant la grande alliance; qu'ainsi les deuv part's tory et whig étoient également engagés à la maintenir dans la i os^ession de la Sicile, qui lavoit acquise par la protection de l'Angleterre. Stanhope répondit en homne en barrasse et qui craignoit ("e s'engager. Il mit des révérences à la place des raisons; dit que pendant le séjour du roi d'Angl terrjà Hanovre il avoit agi auprès d^ l'emp.^reur pour procurer la paix au roi d ■ Sicile, inutilement à la vérité, mais que les ministres piémontois en avoient été avertis. Il ne voulut rien dire de p us précis, et moyennant cette circonspection, il laissa La Pér.;us3 plein. ment persuadé que la France et 1 Angleterre avoient une égale intention de donner atteinte aux traités