SOURDS PRÉPARATIFS À DÉPOSTER
l'argent à répandre par ce négoce naissant, si connu depuis et si fatal par l'abus qui s'en fil sous le nom de Mississipi. Il étoit doux à l'abbé Dubois de trouver une ressource secrète dont il n'eût obligation à personne qu'à celui qui avoit autant d'intérêt, pour sa propre défense, d'acheter sa protection , que de lui accorder à ce prix et les moyens en même temps d'énerver de bonne heure un compétiteur à la première place de toute autorité et de toute grandeur , à la cheville du pied duquel il ne pouvoit encore a teindre.
Telle fut la chaîne qui serra l'amitié entre ces deux hommes et qui les a portés si haut ou si loin l'un et l'autre. Je ne sais si , à travers les ruses et les caresses de Dubois, Noa lies s'aperçut de que que chose, car l'odorat de tous les deux étoit bien fin. Ce qui me l'a fait soupçonner, c'est ce qui m'arriva et qui, à la façon dont j étois avec le duc de Noailles, ne lui parlant et ne le saluant jamais et ne lui épargnant pas, comme on l'a vu, les algarades publiques, me jeta dans le dernier étonnement.
Vers la fin de l'été de 1717 , étant un samedi après dîner au conseil de régence pour finance, assis, à mon ordinaire, enlre le comte de Toulouse et le duc de Noailles, il se mit la bouche dans mon oreille tandis qu'on commençoit à opiner sur une affaire qu'il veno't de rapporter et me demanda si je n'éois pas toujours fort ami de l'abbaye de la Trappe; un oui tout court, et sms plus que ce monosyllabe, fut toute ma réponse. « Mais, ajouta-t-il, ne sont-ili pas fort mal dans leurs affaires? — On ne sauroit plus, répon is-je. — Mais seriez-vous bien aise , continua-t-il , de les rétablir ? — Il n'y a rien . dis-je . que je ne souhaitasse davantage.— Oh bien, monsieur, me dit-il, j'aime aussi beaucoup l'abbiye deSepifonts, qui n'est pas mieux dans ses affaires; ayez la bonté de demander à la Trappe un état de leurs dettes et de m.e le donner, et j'espère trouver moyen de les raccommo ier l'une et l'autre. » Je lui dis, mais sans aucune sorte de remercîment, que j'en serois fort aise et que j'écrirois à la Trappe. Les opinions vinrent à nous et il n'en fut pas dit davantage, même en nous levant du conseil.
Le samedi au soir éloi justement le jour d'y écrire. Je reçus en réponse l'état que je demandois, et je le donnai le samedi suivant au duc de Noailles. En le recevant, ass's en place, il me dit de ne rien faire, et qu'i: m'avertiroit. Le samedi d'après, étant en place, il me dit qu'il avoit prévenu M. le duc d'Orléans, et qu3 je ferois b en de lui parler. Je le fis et avec succès , tant la voie se trouva aplanie. Quinze jours après les payements comm ncèrent à couler par Law, C'étoit la chose qui me tenoit le plus au cœur, et sur laquelle je savois le moins comment m'y prendre avec un h mme fait comme l'étoit M. le duc d'Orléans. La Providence y pourvut de la sorte d'une façon bien singulièrement marquée : il n'est pas le te i ps daller pluslo n là-dessus.
Le reste de l'année 1717 s'écoula en démêlés continuels entre Law et les finances, c'est-à-dire le duc de Noailles, Rouillé et ce x dont ils se servoi ntle plus, et en plaidoyers que Law étoit forcé d'aller faire chez les principaux jies conseils et du parlement. L'abbi Dubois, revenu de Londres à Paris où il passa jusqu'au mois de janvier, en sut profiter.