‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 4)Chapitre 308 sur 319 · André d'Ormesson, doyen du conseil d'État · texte numérisé non relu

André d'Ormesson, doyen du conseil d'État

4. Nicolas Lefèvre d'Ormesson, religieux minime, était frère d'Olivier d'Ormesson.

5. Berryer, un des commis de Colbert, avait été chargé de l'inventaire des pièces du procès de Fouquet, et accusé de les avoir falsifiées.

tois la longueur; que le roi étoit persuadé que je ferois justice au fond, et ne prétendoit pas contraindre mes sentiments ; mais qu'il vouloit faire finir ce procès; que la chambre de justice ruinoit toutes les affaires, et qu'il étoit fort extraordinaire qu'un grand roi , craint et le plus puissant de toute l'Europe , ne pût pas faire achever le procès à un de ses sujets comme M. Fouquet : qu'à cela il (mon père) lui avoit répondu qu'il étoit bien fâché que le roi ne fût pas satisfait de ma conduite ; qu'il savoit que je n'avois que de bonnes intentions; qu'il m'avoit toujours recommandé la crainte de Dieu, le service du roi, et la justice sans acception de personnes : que la longueur du procès ne venoit pas de moi , mais parce qu'il étoit fort grand , et qu'on l'avoit rempli de trente ou quarante chefs d'accusation, où il n'en falloit que deux ou trois; qu'un prédicateur qui prêchoit la Passion n'étoit pas trop long parlant trois heures, et quoique les autres sermons ne fussent que d'une heure; qu'il faudroit que j'eusse perdu le sens de chercher à plaire à M. Fouquet, dont la fortune étoit abîmée . et déplaire au roi , qui avoit toutes les grâces en ses mains: mais que je ne cherchois que la justice ; que tous mes avis éîoient suivis dans la chambre ; que ceux mêmes qui ne l'avoient pas été d'abord l'avoient été depuis ; que même il apprenoit de tous côtés que je me conduisois de sorte que l'on ne pouvoit découvrir mes sentiments : que sur cela M. Colbert lui avoit dit que l'on remarquoit pourtant que je disois plus fortement et plus gaiement les raisons de M. Fouquet que celles du procureur général ; qu'il lui avoit répliqué qu'un rapporteur étoit obligé de faire valoir toutes les raisons ; que l'ou m'avoit ôté l'intendance de Soissons , mais que je ne m'en plaindrois pas , et que cela ne m'empêcheroit pas de faire justice; qu'il avoit peu de biens et moi aussi , mais que nous les avions de nos pères et que nous en étions contents; qu'il m'avoit toujours conseillé de faire justice sans acception de personnes et sans considération d'intérêt et de fortune ; et qu'ayant parlé des personnes qui me faisoient visite , M. Colbert avoit dit qu'on n'étoit pas en peine de cela , et qu'on savoit bien que je ferois justice , mais qu'on ne désiroit que l'expédition ; qu'il lui avoit répliqué que je faisois tout ce qui dépendoit de moi , travaillant soir et matin , et ne faisant autre chose ; et ainsi , après plusieurs discours de cette qualité , il s'étoit retiré.

'(. Je fus ravi que mon père lui eût parlé si bien et si généreusement , et j'en allai faire aussitôt la relation à M. Le Pelletier ' , pour en informer M. Le Tellier . afin qu'il prît garde à la manière dont M. Colbert en parleroit. Nous fûmes ensemble le soir voir M. le premier président^, qui étoit avec M. Colbert. et entretint ensuite M. le maréchal de Villeroy. Il fut fort surpris d'apprendre cette visite , qui est contre toutes les règles de la prudence. Là j'appris que M. Berryer étoit conseiller d'État ordinaire ; que le roi lui avoit donné une abbaye de six mille livres , et vouloit qu'il donnât le nom de ses enfants pour obtenir de Rome une

<. Claude Le Pelletier fut conlrôleur général des finances en ^683, après la mort de Colbert.

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