Corde de lulh ou de violon, fort minCe
5. On voit par ce passage que Mazarin faisait des avances à l'État et se remboursait sur les deniers publics. Le Tellier avoue que Mazarin prêtait à
pris des recettes, sur lesquelles on lui donnoit la remise comme aux traitants, et lui n'en donnoit que peu, et ainsi avoit gagné beaucoup. »
Louis XIV lui-même eut occasion de s'expliquer avec les rapporteurs sur le procès , dont il blâmait la lenteur. Il le fit avec une dignité qu'Olivier d'Ormesson s'empresse de reconnaître' : « A trois heures, je fus avec M. de Sainte-Hélène ^ au château 3. Nous trouvâmes le roi dans son cabinet avec MM. Colbert et Lyonne ^ , et s'étant avancé près de la fenêtre , il nous dit ces mêmes paroles , autant que j'ai pu m'en souvenir :
«Lorsque j'ai trouvé bon que Fouquet eût un conseil libre, j'ai cru que son procès dureroit peu de temps ; mais il y a plus de deux ans qu'il est commencé , et je souhaite extrêmement qu'il finisse. Il y va de ma réputation. Ce n'est pas que ce soit une affaire de grande conséquence; au contraire, je la considère comme une affaire de rien; mais dans les pays étrangers , où j'ai intérêt que ma puissance soit bien établie , l'on croiroit qu'elle ne seroit pas grande si je ne pouvois venir à bout de faire terminer une affaire de cette qualité contre un misérable. Je ne veux néanmoins que la justice , mais je souhaite voir la fin de cette affaire de quelque manière que ce soit. Quand la chambre a cessé d'entrer, et qu'il a fallu transférer M. Fouquet à Moret, j'ai dit à Artagnan de ne plus lui laisser parler avec les avocats , parce que je ne voulois pas qu'il fût averti du jour de son départ. Depuis qu'il a été à Moret, je lui ai dit de ne les laisser communiquer avec lui que deux fois la semaine, et en sa présence, parce que je ne veux pas que ce conseil soit éternel ; et j'ai su que les avocats avoient excédé leur fonction , avoient porté et reporté des paquets et tenu un autre conseil au dehors , quoiqu'ils s'en défendent fort; et puis, dans ce projet, par lequel il vouloit bouleverser l'État S il doit faire enlever le procès et les rapporteurs. C'est ce qui m'a fait donner cet ordre , et je crois que la chambre y ajoutera. Je m'en remets néanmoins à ce qu'elle fera sur la requête de M. Fouquet '5. Je ne veux sur tout cela que la justice, et je prends garde à tout ce que je vous dis; car, quand il est question de la vie d'un homme , je ne veux pas dire une parole de trop. La chambre donc ordonnera ce qu'elle jugera à propos. J'aurois pu vous dire mes intentions dès hier; mais j'ai voulu voir la requête, et je me la suis fait lire avec application , et on est bien aise de savoir ce que l'on a à dire. Je vous ai dit mes intentions , et je vous rends la. requête , afin que la chambre y délibère. »
l'État à gros intérêts, et ainsi gagnait beaucoup. C'est à peu près ce que dit Saint-Simon (ci-dessus, p. 36).
\ . Journal cVOlivier d'Ormesson , à la date du 8 juillet 1C64.