C'était le second rapporteur du procès de Fouquet
3. Chàleau de Fontainebleau, où la cour résidait alors. La chambre de justice y avait été transférée. Fouquet était enfermé à Moret.
4. Hugues de Lyonne, secrétaire d'Étal chargé des affaires étrangères.
5. Ce projet, trouvé dans la maison de Fouquet à Saint-Mandé, a été publié par M. P. Clément, Histoire de Colbert, introduction.
6. Par cette requête, Fouquet demandait à communiquer librement avec ses défenseurs. . - - •>
«Après ce discours, le roi m'ayant donné la requête, je lui dis que nous ferions rapport à la chambre de ce qu'il avoit plu à Sa Majesté de nous dire, et nous nous retirâmes. Je ne veux pas omettre une circonstance qui me parut fort belle au roi, c'est qu'étant demeuré court au milieu de son discours , il demeura quelque temps à songer pour se reprendre , et nous dit : « J'ai perdu ce que je voulois dire , » et songea encore assez de temps ; et ne retrouvant point ce qu'il avoit médité , il nous dit : « Cela est fâcheux quand cela arrive ; car en ces affaires il est bon de ne rien dire que ce qu'on a pensé. »
Il y a loin de cette parole mesurée et sérieusement réfléchie aux anecdotes que l'historien protestant La Hode a recueillies ' , et que M. de Sismondi a reproduites ^ D'après ces écrivains, Louis XIV aurait personnellement sollicita Olivier d'Ormesson pour ce qu'il aurait appelé son affaire, et d'Ormesson lui aurait répondu : « Sire, je ferai ce que mon honneur et ma conscience me suggéreront, y) Et pour rendre l'anecdote plus piquante, les inventeurs ont eu soin d'ajouter que d'Ormesson sollicitant dans la suite une grâce pour son fils , Louis XIV lui dit , comme parodiant les paroles du magistrat : « Je ferai ce que mon honneur et ma conscience me suggéreront. » Rien de plus faux que ces anecdotes. Il n'était ni dans le caractère de Louis XIV de descendre à des sollicitations personnelles , ni dans celui d'Olivier d'Ormesson de répondre au roi avec une hauteur insolente. Ce magistrat savait concilier l'intègre observation de la justice et le respect pour l'autorité souveraine. Le résumé qu'il fait du procès en est une nouvelle preuve :
« Voilà ce grand procès fini , qui a été l'entretien de toute la France du jour qu'il a été commencé jusqu'au jour qu'il a été terminé. Il a été grand bien moins par la qualité de l'accusé et l'importance de l'affaire que par l'intérêt des subalternes , et principalement de Berryer , qui y a fait entrer mille choses inutiles et tous les procès-verbaux de l'épargne, pour se rendre nécessaire, le maître de toute cette intrigue, et avoir le temps d'établir sa fortune; et comme, par cette conduite, il agis^:•oit contre les intérêts de M. Colbert, qui ne demandoit que la fin et la conclusion , et qu'il le trompoit dans le détail de tout ce qui se faisoit . il ne manquoit pas de rejeter les fautes sur quelqu'un de la chambre : d'abord ce fut contre les plus honnêtes gens de la chambre , qu'il rendit tous suspects , et les fit maltraiter par des reproches publics du roi ; ensuite il attaqua M. le premier président , et le fit retirer de la chambre et mettre en sa place M. le chancelier. Après il fit imputer toute la mauvaise conduite de cette affaire à M. Talon^, qu'on ôta de la place de procureur général avec injure; et enfin, la mauvaise conduite augmentant, les longueurs affectées par lui continuant, il en rejeta tout le mal sur moi; il me fit ôter l'intendance de Soissons"; il obligea M. Colbert à venir faire à mon père des plaintes de ma conduite ; et enfin l'expérience
^. J/ist. de Louis Xir, liv. LXXVII, p. U)2. 2. Hist. des Français, t. XXV, p. 75.
;}. Denis Talon, fils d'Orner Talon, avait d'abord été procureur général de la chambre de justice.
ayant fait connoître qu'il étoit la véritable cause de toutes les fautes, et les récusations ayant fait voir ses faussetés , les procureurs généraux Hotman et Chamillart lui firent ôter insensiblement tout le soin de cette affaire . et dans les derniers mois il ne s'en mêloit plus, et pour conclusion il est devenu fou ' , et ainsi le procès s'est terminé-, et je puis dire que les fautes importantes dans les inventaires , les coups de haine et d'autorité qui ont paru dans tous les incidents du procès, les faussetés de Berryer et les mauvais traitements que tout le monde , et même les juges, recevoient dans leur fortune particulière % ont été de grands motifs pour sauver M. Fouquet de la peine capitale ; et la disposition des esprits sur cette affaire a paru par la joie publique que les plus grands et les plus petits ont fait paroître du salut de M. Fouquet , jusques à un tel excès qu'on ne le peut exprimer , tout le monde donnant des bénédictions aux juges qui l'ont sauvé , et à tous les autres des malédictions et toutes les marques de haine et de mépris, les chansons contre eux commençant à paroître 3; et je suis surpris qu'y ayant quinze jours passés que cette histoire est finie, le discours n'en finit point encore , et l'on en parle par toutes les compagnies comme le premier jour. »
Les assertions d'Olivier d'Orraesson ne sont pas confirmées seulement par Mme de Sévigné , dont le témoignage pourrait paraître suspect , mais même par Gui Patin , dont on connaît l'esprit peu charitable , surtout à l'égard des financiers. Il n'a que des louanges pour Olivier d'Ormesson. Il écrit à son ami Falconef*: « M. d'Ormesson a dit son avis, et, après de belles choses , a conclu à un bannissement perpétuel et à la confiscation de tous les biens, jj Quelques jours après, il disait dans une lettre au même Falconet^ : « On dit que M. Fouquet est sauvé , et que , de vingtdeux juges , il n'y en a que neuf à la mort , les treize autres au bannissement et à la confiscation de ses biens. On en donne le premier honneur à celui qui a parlé le premier, qui étoit le premier rapporteur, M. d'Ormesson , qui est un homme d'une intégrité parfaite. »
II. CHARLES Xn. — PROJETS QU'iL AVAIT FORMÉS DANS LES DERNIERS TEMPS DE SON RÈGNE. — SES RELATIONS AVEC LE RÉGENT.
Page 53.
Saint-Simon parle dans ce volume (p. 53 et suiv.) des projets d'alliance entre Charles XII et Pierre le Grand, pour renverser du trône d'Angleterre la maison de Hanovre et y replacer les Stuarts. Voltaire donne aussi quelques détails sur ce plan dans son dernier livre de l'Histoire
^. Voy. Mme de Sévigné, lettre du 17 décembre ^664.
2. Olivier d'Ormesson fait allusion à la réduclion des rentes opérée par Colberl en 1664.
3. On trouve en effet de ces chansons dans les recueils de la Bibliothèque impériale et de l'Arsenal ; mais elles ne valent pas la peine d'être citées.