ROQUELAURE INSULTÉ PAR MM. DE VENDÔME
fourré parmi les amis de M. de Luxembourg , de la brillante situation duquel il espéroit tirer parti , et de ce qu'il entrevoyoit dans la cour de Monseigneur, que ce général, intimement uni avec le prince de Conti, raéditoit de gouverner et d'avoir une part principale à tout lorsque le roi n'y seroit plus. La difficulté pour Roquelaure étoit de demeurer bien avec des gens si opposés , qui devint bien plus fâcheuse lors de la rupture ouverte de MM. de Vendôme avec MM. de Luxembourg dont j'ai parlé plus haut, et de ses causes. Elle fut si entière qu'il fallut opter, et Roquelaure, qui ne lisoit pas dans l'avenir, ne balança pas à quitter son ancien ami de tous les temps pour ceux qu'il venoit de se faire et dont il espéroit beaucoup. M. de Vendôme en fut piqué au vif; mais il n'étoit pas temps de le montrer. L'éloignement de l'Italie, où il s'étoit réfugié de Flandre, faisoit qu'il ne passoit que peu de temps à la cour, et y vivoit assez à l'ordinaire avec Roquelaure lorsqu'ils se trouvoient en même lieu. C'est ce qui fit qu'à la mort de M. de Luxembourg, ce fut lui qui mena MM. de Vendôme comme j'ai dit ci -dessus; mais cela même avoit renouvelé leur dépit de sa défection de leur amitié, tellement que le vide que laissoit M. de Luxembourg et l'audace de la nouvelle grandeur et de leur liaison avec M. du Maine qui les y avoit fait monter , rompit les bornes où jusqu'alors il s'étoit contenu avec Roquelaure.
A peu de jours de là, celui-ci entra chez M. le Grand, un soir, qui tenoit, soir et matin , une grande table à la cour, et un grand jeu toute la journée , où la foule de la cour entroit et sortoit comme d'une église , et où celle des joueurs à tous jeux , mais surtout au lansquenet , ne manquoit jamais. M. de Vendôme , qui étoit un des coupeurs , eut dispute avec un autre sur un mécompte de sept pistoles. Il étoit beau joueur, mais disputeur et opiniâtre au jeu comme partout ailleurs. Les autres coupeur9>le condamnèrent; il paya, quitta, et vint grommelant contre ce jugement à la cheminée , où il trouva Roquelaure debout qui s'y chaufToit. Celui-ci , avec la familiarité qu'il usurpoit toujours et cet air de plaisanterie qu'il méloit à tout , dit à l'autre qu'il avoit tort et qu'il avoit été bien jugé, Vendôme , piqué de la chose , le fut encore plus de cette indiscrétion, lui répondit en colère et jurant « qu'il étoit un f.... décideur, et qu'il se mêîoit toujours de ce qu'il n'avoit que faire. » Roquelaure, étonné de la sortie, fila doux, et lui dit qu'il ne croyoit pas le fâcher; mais Vendôme , s'emportant de plus en plus , lui répliqua des duretés avec une hauteur qui ne se pouvoit souffrir que par un valet, et dont le ton de voix ne fut pas ménagé. Roquelaure outré , mais beaucoup trop embarrassé , se contenta de lui répondre que s'ils étoient ailleurs , il ne lui parleroit pas de la sorte. Vendôme, se rapprochant plus près et le menaçant, répliqua en jurant, «qu'il le connoissoit bien, et que là ni ailleurs il ne seroit pas plus méchant. » Là-dessus le grand prieur qui étoit assez loin s'approcha d'eux et prit Roquelaure par le bout de sa cravate , et lui dit des choses aussi fâcheuses que celles qu'il venoit d'essuyer de son frère , et sans altérer un flegme fort à contretemps. Aussitôt voilà toute la chambre en émoi. Mme d'Armagnac et