‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 156 sur 374 · TRAITÉ DE CASAL · texte numérisé non relu

TRAITÉ DE CASAL

sept ou. huit lignes à une grande demi-lieue, là droite et le quartier général au village de Neckerau , la gauche au Necker , le centre et le cul aux ruines de Manheim; on avoit réparé comme on avoit pu avec des palissades celles de la citadelle , et on y travailloit encore. On y jeta six brigades d'infanterie avec Chamilly pour lieutenant général de l'armée, et Vaubecourt, maréchal de camp. L'embouchure du Necker dans le Rhin étoit tout à fait près de notre gauche. On demeura là deux jours, et tous sans exception réduits à la paille et à la gamelle des cavaliers, jusqu'à ce que le pont de bateaux fut achevé où Barbezières l'avoit marqué, et cependant on dressa une batterie de canons dans la première île. Enfin le 24 , toute l'armée repassa le Rhin sans que les ennemis eussent seulement fait mine de nous suivre , en sorte que tout se passa avec la plus grande tranquillité. Nous n'ouïmes plus parler d'eux de toute la campagne ; et le lendemain de ce passage le maréchal de Joyeuse me permit d'aller à Landau , où je demeurai avec M. et Mme la maréchale de Lorges , jusqu'à ce que ce général s'alla remettre à la tête de l'armée.

M. de Vendôme promit de grandes choses , prit Ostalric , battit quelques miquelets, se présenta pour secourir Palamos que les ennemis assiégeoient , se retira aussitôt sans rien entreprendre, et ce qu'il n'avoit pu, l'arrivée de la flotte du roi sur ces côtes l'opéra, et Palamos par cela seul fut délivré du siège.

L'Italie ne fournit rien non plus que le siège de Casai, qui fut long-, à la fin, Grenan, lieutenant général qui en étoit gouverneur, capitula par ordre du roi. Le traité fut : que la place et le château seroient démolis, qu'il y demeureroit avec sa garnison jusqu'à la démolition entièrement achevée , qu'il seroit après conduit à Pignerol avec toutes ses troupes, et leurs armes et bagages, qu'il emmèneroit avec lui toute l'artillerie de la place et du château qui se trouveroit marquée aux armes de France , et que Casai seroit remise au duc de Mantoue comme à son seigneur naturel.

Les flottes ennemies bombardèrent nos côtes de Bretagne et de Normandie. Saint-Malo s'en ressentit peu, Dieppe beaucoup davantage. Nos armateurs et nos escadres leur prirent force vaisseaux marchands, en battirent les convois et valurent force millions à notre commerce , au roi et à M. le comte de Toulouse.

Il se passa en Flandre des choses plus intéressantes. Ce fut d'abord un beau jeu d'échecs, et plusieurs marches du prince d'Orange et des corps détachés de son armée sous l'électeur de Bavière et sous le comte d'Athlone. Le maréchal de Villeroy avec la grande armée , le maréchal de Boufflers avec la moindre, le marquis d'Harcourt avec son corps vers la Meuse , et le vieux Montai vers la mer , régloient leurs mouvements sur ceux qu'ils voyoient faire ou qu'ils croyoient deviner. Montai, toujours le même , malgré son grand âge et la douleur du bâton , sauva la Kenoque et eut divers avantages l'épée à la main , en prit d'autres par sa capacité et sa prudence , et eut enfin Dixmude et Deinse avec les garnisons prisonnières de guerre.

Après diverses montres de difl'érents côtés et avoir menacé plusieurs

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de nos places , le prince d'Orange , qui avoit bien pris toutes ses mesures pour couvrir son vrai dessein et n'y manquer de rien , tourna tout à coup sur Namur, et l'investit les premiers jours de juillet. L'électeur de Bavière , demeuré au gros de l'armée , l'y fut promptement joindre avec un grand détachement, et laissa le reste sous M. de Vaudemont. Le maréchal de Boufflers s'en étoit toujours douté. Il avoit toujours eu soin que la place fût abondamment fournie ; il avoit sans cesse averti Guiscard, lieutenant général, qui en étoit gouverneur et qui étoit dedans avec Leaumont qui y commandoit sous lui ; et ce maréchal cependant s'étoit mis à portée , et il se jeta dans Namur par la porte du Condros, le 2 juillet, la seule qui étoit encore libre et qui dès le soir du même jour ne la fut plus. Il mena avec lui Mesgrigny, gouverneur de la citadelle de Tournai , maréchal de camp et ingénieur de grande réputation , d'autres ingénieurs et sept régiments de dragons. Il y en avoit un huitième déjà dans la place et vingt et un bataillons , qui tous ensemble firent plus de quinze mille hommes effectifs. Harcourt et Bartillat avoient accompagné le maréchal , et ramenèrent la cavalerie qu'il avoit avec lui et les chevaux de six des sept régiments de dragons entrés avec lui ; le comte d'Horn, colonel de cavalerie, et plusieurs autres l'y suivirent volontaires.

Cette grande entreprise parut d'abord téméraire à notre cour, d'où on m'écrivit qu'on s'en réjouissoit comme d'une expédition qui ruineroit leurs troupes et ne réussiroit pas. J'en eus une autre opinion, et je me persuadai qu'un homme de la profondeur du prince d'Orange ne se commcttroil pas à un siège si important sans savoir bien comment en sortir , autant que toute prudence humaine en peut être capable.

Le comte d'Albert, frère du duc de Chevreuse d'un autre lit, étoit demeuré à Paris avec congé du roi pour des affaires. Les dragons-Dauphin, dont il étoit colonel , étoient dans Namur; il y courut, se déguisa à Dinant en batelier , traversa le camp des assiégeants et entra dans Namur en passant la Meuse à la nage.

Cependant le maréchal de Villeroy serroit M. de Vaudemont le plus près qu'il pouvoit , et celui-ci , de beaucoup plus foible , mettoit toute son industrie à esquiver. L'un et l'autre sentoient que tout étoit entre leurs mains : Vaudemont, que de son salut dépendoit le succès du siège de Namur , et Villeroy . qu'à sa victoire étoit attaché le sort des Pays- Bas et très-vraisemblablement une paix glorieuse et toutes les suites personnelles d'un pareil événement. 11 prit donc si bien mesures qu'il se saisit de trois châteaux occupés sur la Mundel par cinq cents hommes desennemis , et qu'il s'approcha tellement de M. de Vaudemont, le 13 au soir, qu'il étoit impossible qu'il lui échappât le 14, et le manda ainsi au roi par un courrier. Le 14 dès le petit jour tout fut prêt. M. le Duc commandoit la droite , M. du Maine la gauche , M. le prince de Conti toute l'infanterie , M. le duc de Chartres la cavalerie : c'étoit à la gauche à commencer, parce qu'elle étoit la plus proche. Vaudemont, pris à découvert, n'avoit osé entreprendre de se retirer la nuit devant des ennemis si proches , si supérieurs en nombre et en bonté de troupes , toutes les meilleures étant au siège , et uu ennemi dont riea ne le séparoit. Il Saist-Sjmo^ I 8

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