‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 164 sur 374 · HARLAY ARCHEVÊQUE DE PARIS · texte numérisé non relu

HARLAY ARCHEVÊQUE DE PARIS

faires et l'autorité qu'il y avoit acquise dans le clergé , tout cela fut mis en opposition de sa conduite particulière , de ses mœurs galantes, de ses manières de courtisan du grand air. Quoique toutes ces choses eussent été inséparables de lui depuis son épiscopat et ne lui eussent jamais nui, elles devinrent des crimes entre les mains de Mme de Maintenon, quand sa haine depuis quelques années lui eut persuadé de le perdre , et elle ne cessa de lui procurer des déplaisirs. Cet esprit étendu, juste, solide , et toutefois fleuri , qui pour la partie du gouvernement en faisoit un grand évêque, et pour celle du monde un grand seigneur fort aimable et un courtisan parfait quoique fort noblement , ne put s'accoutumer à cette décadence et au discrédit qui l'accompagna. Le clergé , qui s'en aperçut et à qui l'envie n'est pas étrangère, se- plut à se venger de la domination quoique douce et polie qu'il en avoit éprouvés, et lui résista pour le plaisir de l'oser et de le pouvoir. Le monde, qui n'eut plus besoin de lui pour des évêchés et des abbayes , l'abandonna. Toutes les grâces de son corps et de son esprit , qui étoient infinies et qui lui étoient parfaitement naturelles, se flétrirent. Il ne se trouva de ressource qu'à se renfermer avec sa bonne amie la duchesse de Lesdiguières qu'il voyoit tous les jours de sa vie , ou chez elle ou à Conflans , dont il avoit fait un jardin délicieux, et qu'il tenoit si propre, qu'à mesure qu'ils s'y promenoient tous deux, des jardiniers les suivoient à distance pour effacer leurs pas avec des râteaux.

Les vapeurs gagnèrent l'archevêque ; elles s'augmentèrent bientôt , et se tournèrent en légères attaques d'épilepsie. Il le sentit et défendit si étroitement à ses domestiques d'en parler et d'aller chercher du secours quand ils le verroient en cet état, qu'il ne fut que trop bien obéi. Il passa ainsi ses deux ou trois dernières années. Les chagrins de cette dernière assemblée l'achevèrent. Elle finit avec le mois de juillet; aussitôt après il s'alla reposer à Conflans. La duchesse de Lesdiguières n'y couchoit jamais, mais elle y alloit toutes les après-dînées , et toujours tous deux tout seuls. Le 6 août il passa la matinée à son ordinaire jusqu'au dîner. Son maître d'hôtel vint l'avertir qu'il étoit servi. Il le trouva dans son cabinet, assis sur un canapé et renversé; il étoit mort. Le P. Gaillard fit son oraison funèbre à Notre-Dame ; la matière étoit plus que délicate, et la fin terrible. Le célèbre jésuite prit son parti; il loua tout ce qui méritoit de l'être, puis tourna court sur la morale. Il fit un chef-d'œuvre d'éloquence et de piété.

Le roi se trouva fort soulagé , Mme de Maintenon encore davantage. M. de Reims eut sa place de proviseur de Sorbonne, M. de Meaux celle de supérieur de la maison de Navarre , et M. de Noyon son cordon bleu. Sa nomination au cardinalat et son archevêché demandent un peu plus de discussion. M. d'Orléans l'eut , et d'autant plus agréablement que , ni lui ni pas un des siens, n'avoient eu le temps d'y penser. M. de Paris étoit mort à Conflans au milieu du samedi 6 août ; le roi ne le sut que le soir. Le lundi matin 8 août , le roi , étant entré dans son cabinet pour donner Tordre de sa journée à l'ordinaire , alla droit à l' évêque d'Orléans , qui se rangea même , croyant que le roi vouloit passer outre ; mais le roi le prit par le bras sans lui dire un mot, et le mena en laisse

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