‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 165 sur 374 · COISLIN NOMMÉ AU CARDINALAT · texte numérisé non relu

COISLIN NOMMÉ AU CARDINALAT

à l'autre bout du cabinet aux cardinaux de Bouillon et de Furstemberg qui causoient ensemble , et tout de suite leur dit : « Messieurs , je crois que vous me remercierez de vous donner un confrère comme M. d'Orléans, à qui je donne ma nomination au cardinalat. • A ce mot, l'évêque qui ne s'attendoit à rien moins , et qui ne savoit ce que le roi vouloit faire de le mener ainsi, se jeta à ses pieds et lui embrassa les genoux. Grands applaudissements des deux cardinaux , puis de tout ce qui se trouva dans le cabinet, ensuite de toute la cour et du public entier où ce prélat étoit dans une vénération singulière.

C'étoitun homme de moyenne taille, gros, court, entassé, le visage rouge et démêlé , un nez fort aquilin , de beaux yeux avec un air de candeur , de bénignité , de vertu qui captivoit en le voyant , et qui touchoit bien davantage en le connoissant. Il étoit frère du duc de Coislin , fils de la fille aînée du chancelier Séguier, qui, d'un second lit avec M. de Laval , avoit eu la maréchale de Rochefort. Le frère du chancelier étoit évèque de Meaux et premier aumônier de Louis XIII , puis de Louis XIV , dont il avoit eu la survivance pour son petit-neveu tout jeune, de manière qu'il avoit passé sa vie à la cour. Mais sa jeunesse y avoit été si pure qu'elle étoit non-seulement demeurée sans soupçon, mais que jeunes et vieux n'osoient dire devant lui une parole trop libre , et cependant le recherchoient tous , en sorte qu'il a toujours vécu dans la meilleure compagnie de la cour. Il étoit riche en abbayes et en prieurés, dont il faisoit de grandes aumônes et dont il vivoit. De son évéché qu'il eut fort jeune, il n'en toucha jamais rien, et en mit le revenu en entier tous les ans en bonnes œuvres. Il y passoit au moins six mois de l'année , le visitoit soigneusement et faisoit toutes les fonctions épiscopales avec un grand soin , et un grand discernement à choisir d'excellents sujets pour le gouvernement et pour l'instruction de son diocèse. Son équipage , ses meubles , sa table sentoient la frugalité et la modestie épiscopales , et , quoiqu'il eût toujours grande compagnie à dîner et à souper et de la plus distinguée, elle étoit servie de bons vivres, mais sans profusion et sans rien de recherché. Le roi le traita toujours avec une amitié , une distinction , une considération fort marquées , mais il avoit souvent des disputes et quelquefois fortes sur son départ et son retour d'Orléans. Il louoit son assiduité en son diocèse , mais il étoit peiné quand il le quittoit et encore quand il demeuroit trop longtemps de suite à Orléans. La modestie et la simplicité avec laquelle M. d'Orléans soutint sa nomination , et l'uniformité de sa vie , de sa conduite et de tout ce qu'il faisoit auparavant, qu'il continua également depuis, augmentèrent fort encore l'estime universelle.

L'archevêché de Paris ne fut guère plus long à être déterminé, et devint le fruit du sage sacrifice du duc de Noailles du commandement de son armée à M. de Vendôme, et le sceau de son parfait retour dans la faveur. Son frère avoit été sacré évêque de Cahors, en 1680, et avoit passé six mois après à Châlons-sur-Marne. Cette translation lui donna (lu scrupule ; il la refusa et ne s'y soumit que par un ordre exprès d'Innocent XI. Il y porta son innocence baptismale, et y garda une résidence exacte , uniquement appliqué aux visites , au gouvernement

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