XXX INTRODUCTION
auroit conservé de l'estime , ou dont on auroit ignoré les vices et les défauts? Une innocente ignorance n'est-elle pas préférable à une instruction si éloignée de la charité ? et que peut-on penser de celui qui , non content de celle qu'il a prise par lui-même ou par les autres , la transmet à la postérité , et lui révèle tant de choses de ses frères , ou méprisables ou souvent criminelles?
Voilà , ce me semble , l'objection dans toute sa force. Elle disparoîtroit par la seule citation de ce qui a été dit, au commencement de ce discours, de l'exemple du Saint-Esprit; mais on s'est proposé de la détruire, même sans s'avantager de l'autorité divine, après laquelle il n'est plus permis de raisonner quand elle a décidé , comme on croit qu'elle l'a lait sur la question qu on agite.
Ne se permettre aucune histoire au deçà de ce que l'Écriture nous en apprend , c'est se jeter dans les ténèbres palpables d'Egypte. Du côté de la religion , on renonce à savoir ce que c'est que tradition , et y renoncer n'implique-t-il pas blasphème? C'est ignorer les dogmes et la discipline , en ignorant les conçues œcuméniques qui ont défini les dogmes et établi la discipline, et mettre sur la même ligne les saints défenseurs de la foi , les uns par leur lumière et leurs travaux , les autres par leur courage et leur martyre, et les hérésiarques et les persécuteurs. C'est se priver de l'admirable spectacle des premiers siècles de l'Église, de l'édification de ses colonnes, de l'instruction de ses premiers docteurs, de la sainte horreur de la première vie ascétique et solitaire, de la merveille de cette économie qui a établi, étendu et fait triompher l'Église au milieu des contradictions et des persécutions de toutes les sortes, de peur de voir en même temps la scélératesse, la cruauté et les crimes des hérésiarques et de leurs principaux appuis, l'ambition , les vices et les barbaries des évoques , et de ceux des plus
Srands sièges , et de là jusqu'à nous , ce qui s'est passé de mémorable ans l'Église pour le dogme , sur les dernières hérésies , sur la discipline et Te culte , et de peur de voir le désordre et l'ignorance , l'avarice et l'ambition de tant et tant des plus principaux membres du clergé. Ce qui résulteroit de cette ignorance est plus aisé à penser qu'à représenter. Tout en est palpable, et saute de soi-même aux yeux.
Si donc il ne paroît pas sensé de ne vouloir pas être instruit de ces choses qui intéressent si fort un chrétien comme chrétien , comment le pourra-t-on être indépendamment de l'histoire profane , qui a une liaison si intime et si nécessaire avec celle de l'Église qu'elles ne peuvent pour être entendues être séparées l'une et l'autre ? C'est un mélange et un enchaînement qui , pour une cause ou pour une autre , se perpétue de siècle en siècle jusau'au nôtre , et qui rend impossible la connoissance d'aucune partie de l'une , sans acquérir en même temps celle de l'autre qui lui repond pour le temps. Si donc un chrétien , à qui tout ce qui appartient à la religion est cher à proportion de son attachement
un si continuel rapport.
Mais mettant même à part ce rapport , puisqu'on efl'et il se trouve de longs morceaux d'histoire qui n'en ont point avec celle de l'Église, pourroit-on sans honte se faire un scrupule de savoir ce qu'a été la Grèce , ce qu'ont été les Romains , l'histoire de ces fameuses republiques et de leurs personnages principaux? Oseroit-on ignorer par scrupule les divers degrés de leurs changements , de leur décadence , de leur chute , ceux de 1 élévation des États qui se sont formés de leurs débris , l'ori-