CHAPITRE XXIX
Affaires de Pologne. — Le roi déclare l'éleclion du prince de Conti, qui reras« modeslement le rang de roi de Pologne. — Départ du prince de Conli. — Conduit par mer par le célèbre Jean Bart. — Mouvements divers sur c« départ. — Électeur de Saie couronné à Cracovie. — Prince de Conti arrive à la rade de Danlzick; est peu accueilli ; la ville contre lui, et n'ose mettre pied à terre. — Retour du prince de Conli, qui voit i Copenhague le roi de Danemark incognito. — Hardie expédition de Pointis i Cartliagène. — Situation du maréchal de Choiscul et du prince Louis de Bade, qui prend Ebcrbourg. — Suspension d'armes sur le Rhin. — Curieux sortilège. — Portiand et ses conrérences avec le maréchal de Boufders à la tète des armées. — Paix signée i Ryswick. — Attention du roi pour le roi et la reine d'Angleterre. — Haine personnelle du roi et du prince d'Orange et sa cause.
L'abbé de Cbâteauneuf , arrivant en Pologne , trouva le prince Jacques réuni à la reine sa mère , et l'abbé de Polignac déclamant contre elle et contre tous les siens, sans aucun ménagement, qu'à bout d'espérance pour aucun de ses fils, elle s'étoit liée au parti de l'empereur, qui faute d'argent avoit abandonné le duc de Lorraine, et portoit ouvertement l'électeur de Saxe , qui étoit devenu le seul compétiteur du prince de Conti. Cet électeur avoit fait abjuration entre les mains du duc de Saxe- Zeitz, évêque de Javarin, qui étoit passionné Autrichien; il promit cent douze millions , l'entretien de beaucoup de troupes , et surtout d'infanterie, dont le besoin étoit le plus grand pour reprendre Caminiec; et il offrit de rejoindre la Silésie à la Pologne, et de se charger du consentement de l'empereur en le dédommageant par démembrement d'une partie de ses propres Etats. Il s'assura de l'appui des Moscovites et de n'être point troublé par les rois du Nord : et avec cela, il gagna l'évéque de Cujavie , quelques autres évêques , Jablonowski , grand général ; le petit général de la couronne et le petit général de Lithuanie, avec quelques autres sénateurs et d'autres moindres seigneurs qui lui acquirent quatre palatinats. L'espérance du cardinalat lui dévoua Davia, nonce du pape, sous prétexte du grand intérêt de la religion à y réunir un puissant électeur , chef né des protestants d'Allemagne , et leur protecteur en titre, et tout cela se fit le plus secrètement qu'il se put. Sa partie faite, il marcha avec ses troupes en Silésie , sous prétexte d'aller joindre l'armée impériale en Hongrie , et d'en prendre le commandement, et s'approcha fort près des frontières de Pologne.
D'autre part , le cardinal Radziewsiii , chef de la république pendant l'interrègne, comme primat du royaume par son archevêché de Gnesne, le prince Sapiéha, grand général de Lithuanie; Bielinski, maréclial de la diète de l'élection, étoient à la tête du parti du prince de Conti, avec presque tous les sénateurs, les officiers de la couronne, l'armée à la tête de laquelle le grand veneur de la couronne s'étoit mis en l'absence des deux généraux , et vingt-huit palatinats.
L'éleclion commença le 5 7 juin, et s'acheva le même jour. L'évéque,