ÉLECTEUR DE SAXE COURONNÉ A CRACOVIE
légers qui s'étoient approchés de ses frégates , que le roi et la reine de Danemark le regardoient passer. Le 17 , il se trouva à la rade de Copenhague, où le comte de Guldenlew qui avoit été en France, et plusieurs seigneurs le vinrent saluer , que Bourepos , ambassadeur de France en Danemark, lui présenta.
Pendant ce voyage , l'électeur de Saxe ne permit pas son temps. Le primat lui avoit écrit pour le supplier de ne point troubler leur liberté, et de vouloir bien se retirer de Pologne, puisque le prince de Conti étoit élu et proclamé suivant les lois. L'assemblée de la noblesse de Varsovie avoit établi une garde auprès du corps du feu roi pour empêcher qu'on ne l'enlevât et qu'on ne le portât à Cracovie où il est d'usage que la pompe funèbre et le couronnement du successeur se fassent dans la même cérémonie. L'électeur jugea que tout dépendoit de la force et de la promptitude ; il reçut dans un château royal , près de Cracovie , l'hommage des principaux de son parti qui lui firent jurer les ptwîa conventa , qu'ils avoient dressés, lui firent livrer le château de Cracovie, et l'y menèrent loger. Dans ce château sont gardés la couronne et tous les ornements royaux dont il s'empara, après avoir fait enfoncer les portes du lieu où ils étoient. Ensuite , on dressa un catafalque dans l'église de Cracovie, comme si le corps du feu roi y eût été présent; on y fit les mêmes obsèques, et en même temps, l'évèque de Cujavie, assisté de quelques autres, couronna l'électeur de Saxe, en présence des principaux, et d'une multitude de son parti. Le primat, contre les droits duquel l'évèque de Cujavie attentoiten tant de façons, aussi bien que contre toutes les lois du royaume , publia un long manifeste contre lui et contre tous les partisans de Saxe , et en même temps des universaux (circulaires) pour convoquer les petites diètes préparatoires à la diète générale qui devoit décider sur la double élection.
Incontinent après, c'est-à-dire le 25 septembre, le prince de Conti arriva à la rade de Dantzick , où l'abbé de Châleauneuf qui l'attendoit alla le saluer. La ville s'étoit déclarée saxonne, et ne fil faire aucun compliment au prince de Coati. Peu de Polonois, et encore moins de marque, l'allèrent saluer à bord. 11 y demeura à attendre l'ambassade dont on le flattoit, à la tête de laquelle le prince Lubomirski devoit être , et les troupes que le prince Sapiéba lui devoit mener. Cependant ceux de Dantzick refusèrent des vivres à nos frégates, et n'en voulurent laisser aucune dans leur port. A la fin , l'ambassade de la république vint saluer le prince de Conti sur sa frégate , l'éfêque de Plosko à la tête. Lubomirski étoit avec la partie de l'armée de la couronne qui tenoit pour le prince de Conti, que force Polonois vinrent saluer, et parmi eux Primiski , échanson de la couronne, fort déclaré pour ce parti. L'évèque de Plosko donna un grand repas au prince de Conti , près de l'abbaye d'Oliva , avec tout ce qu'il y eut là de plus distingué des Polonois. Ils burent à la santé de leur roi , qui , n'acceptant pas encore ce titre , leur fit raison à la liberté de la république. Harége , qui étoit à M. le prince de Conti , gentilhomme gascon , et que son esprit et ses saillies avoient fort mêlé avec tout le monde, relevoit à peine d'une grande mak'iie , lorsqu'il s'embarqua avec son maître. 11 étoit à ce repas où oa but Sai.nt-Suiu.x I 13
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à la polonoise. Il en fut fort pressé, et se défendoit du mieux qu'il pou» voit. M. le prince de Conti vint à son secours, et l'excusa sur ce qu'il étoit malade; mais ces Polonois, qui, pour se faire entendre, parloient tous latin, et fort mauvais latin, ne se payèrent point de celte excuse, et, le forçant à boire, s'écrièrent en furie : Bibat et moriatur. Marége, qui étoit fort plaisant et aussi fort colère, n'ensortoit point quand il le contoit à son retour, et faisoit beaucoup rire ceux qui lui en entendoient faire le récit.
Cependant les lettres de nos deux abbés faisoient tout espérer , et celles du prince de Conti tout craindre. Il trouvoit que dix millions ne l'acquitteroient pas des promesses que l'abbé de Polignac avoit faites. C'étoit là-dessus que l'abbé comptoit, et ceux qu'il avoit engagés par là ■vouloient voir des espèces à bon escient, avant de se comporter de même : cela arrêta tout court le prince Sapiéha et l'armée de Lithuauie qui devoit venir joindre le prince de Conti, qui demeuroit toujours en rade et à bord, bien résolu de ne mettre pied à terre que lorsqu'il verra des troupes à portée et prêtes i le recevoir; mais au lieu d'armée, qui ne fît pas une seule marche vers lui , il ne vit que des Polonois avides qui le pressoient d'acquitter les promesses immenses que l'abhé de Polignac leur avoit faites. Le désir de réussir dans cette grande affaire, dont il espéroit la pourpre, l'avoit aveuglé, et tiré de lui des engagements impossibles, de sorte que, trompé le premier en tout, il trompa le roi et le prince de Conti.
Quoique le primat tînt bon avec un parti et des troupes cantonnées dans «on château de Lowitz, le manque de vivres, les glaces très-prochaines sur ces mers, ni corps d'armée, ni corps de noblesse en aucun mouvement pour venir recevoir M. le prince de Conti , force déserteurs considérables, faute d'acquitter les promesses de l'abbé de Polignao : c'en étoit plus qu'il oe falloit pour persuader le retour à un candidai plus empressé que n'étoit M. le prince de Conti, qui pour soi et pour la France faisoit un triste et hum liant personnage, accueilli de personne, aboyé de tous, et n'osant mettre pied à terre dans un parage ennemi qui lui refusoit des vivres, et no vouloit laisser approcher aucun de ses bâtiments. Il manda donc au roi sa résolution et ses raisons. Le roi les loua tout haut à M. le Prince , et envoya Torcy faire compliment de sa part à Mme la princesse de Conti sur sa douleur de ce qu'elle ne seroit point reine et sur le plaisir de revoir bientôt M. le prince de Conti. On a vu plus haut ce qu'il en falloit croire de cette joie du roi ; et en même temps il envoya ordre aux abbés de Polignac et de Château neuf de revenir. Un détachement de trois mille chevaux saxons vint secrètement autour de l'abbaye d'Oliva pour enlever M. le prince de Conti, espérant qu'il auroit mis pied à terre. L'abbé de Polignac s'en sauva à grand'peine, et vendu par ceux de Dantzick y perdit tout son équipage.
'Bartmit à la voile le 6 novembre et ne put sortir de la rade de Dantzick que le 8; il prit, chemin faisant, cinq vaisseaux de Dantzick. Celui de M. le prince de Conti ayant touché le 15 s'ir un banc près de Copenhague , il y passa sur une chaloupe , et y coucha chez M. de Guldenlew. Il vit après le roi de Danemark incognito, sous le nom de