HARDIE EXPÉDITION DE POINTIS
comte d'Âlais. Il se rembarqua le 19, laissant les cinq vaisseaux de Danlzick en dépôt au roi de Danemark. Il arriva le 10 décembre à Nieuport; il y, débarqua parce que la paix étoit faite, pour achever son voyage parterre, et le jeudi au soir 12, il arriva à Paris, où il se trouva plus à son gré qu'il n'eût fait roi à Varsovie. Le lendemain matin, vendredi 13, il salua le roi qui le reçut à merveille, au fond bien fâché de le revoir. 11 essuya un mauvais temps continuel en ce retour, et ne vit point le primat. Premiski dont il se loue le plus lui dit sur son vaisseau : que s'il avoit su qu'il songeât avenir, il seroit accouru en France pour l'en empêcher, tant il y avoit peu d'apparence de succès.
Ce prince, qui n'avoit pu cacher sa douleur à son départ, ne put empêcher à son retour qu'on ne démêlât son contentement extrême. Il trouva que Mgr le duc de Bourgogne venoit d épouser la princesse de Savoie. L'abbé de Polignac reçut en chemin ordre d'aller droit en son abbaye de Bonport, près du PoDt-de-l'Arche en Normandie, sans approcher de la cour ni de Paris; et l'abbé de Chàteauneuf reçut en même temps un pareil ordre d'exil. Le prince de Conti , tout mesuré qu'il est, se plaignit hautement de l'abbé de Polignac; il lui pardonner» difficilement la peur qu'il lui a donnée. J'ai voulu achever tout de suite tout ce qui regarde ce triste mais illustre voyage; il faut maintenant revenir sur nos pas.
Pointis, chef d'escadre, se rendit célèbre par son entreprise sur Car» thagène. Il prit en passant des flibustiers à l'ile de Saint-Domingue, dont du Casse , qui avoit été longtemps avec eux , étoit devenu gouveri neur à force de mérite. Avec ce secours il alla attaquer Garthagène qui ne s'y attendoit pas et se défendit fort mal. Il la pilla, et, outre neuf millions en argent ou en barre , ce qui y fut pris en pierreries et en argenterie est inconcevable. Cette expédition , qui a tout à fait l'air d'un roman, fut conduite avec un jugement, et dans l'exécution avec une présence d'esprit égale à la valeur; les flibustiers eurent grand débat avec Pointis pour leur part, de la plus grande partie de laquelle ils sa prétendoient fraudés. Comme ils virent qu'il se moquoit d'eux , ils retournèrent tout court à Carthagène , la pillèrent de nouveau, y firent un riche butin, et y trouvèrent encore beaucoup d'argent, puis envoyèrent ici Galifet, lieutenant de roi de Saint-Domingue, qui étoit à l'expédition, porter les plaintes de du Casse et les leurs. Pointis fut poursuivi par vingt-deux vaisseaux anglais à qui il échappa. Ils prirent quelques bâtiments flibustiers, sur lesquels il n'y avoit presque rien, et le vaisseau de Pointis qui servoit d'hôpital où il n'y avoit que des malades et quelques pestiférés. Galifet arriva à Versailles le 20 août, et presqu» en même temps Pointis à Brest, malgré six vaisseaux anglois qui l'attendoient à l'entrée. Il salua le roi à Fontainebleau, le 27 septembre, de qui il fut très-bien reçu et fort loué. Il sauva toute sa prise , et présenta au roi une émeraude grosse comme le poing, et se justifia fort contre du Casse et les flibustiers. Peu déjoues après, il fut fait lieutenant général, et je penie qu'il s'est mis en état d'achever sa via fort à son aisa.
J'ai laissé M. le maréchal de Choiseul au camp de Musbach qui s'avança à Odeniheim. Le prince Louis de Bade avoit passé le Rhin à Mayence presque en même temps que nous à Strasbourg, et il étoità Creutznach sur la Nave où il s'étoit retranché. La Nave est une rivière guéable partout, mais assez large, fort rapide avec de l'eau jusqu'au poitfail des chevaux , et quelquefois plus dans son milieu ; son lit plein de gros cailloux roulants et glissants, fort incommodes; les bords du côté du Hundsrùck élevés et escarpés. Ceux du côté de l'Alsace sont plats. Creutznach est un peu élevé, il est des deux côtés avec un pont qui les joint et qui enfile directement la rivière. Le prince Louis avoit bien fortifié le côté de Creutznach du côté de l'Alsace, tenoit toute cette petite ville et son pont, et avoit son armée le long de la Nave qui couloit à sa tète ; et ses flancs couverts chacun d'un ruisseau. Rn cette posture , il fouettoit de son camp tout ce qui pouvoit s'approcher de la rivière . qui l'étoit elle-même du pont, et avec la hauteur de son côté voyoit fort loin du nôtre. Il demeura ainsi tranquillement plusieurs jours, amassant quantité de fourrages du Hundsrùck par ses derrières, et toutes les provisions et munitions de Mayence par un pont de bateaux qu'il J3ta à trois ou quatre lieues de Bingen, où aussi il étahlit ses fours. Dès qu'il eut tout à souhait, il attaqua le château d'Eberbourg par un détachement de son armée qui se relevoit tous les jours. Eberbourg est un pigeonnier sur une pointe de rochers, à demi-lieue de Creutznach dans la montagne. Sa situation ni celle du pays ne demandoient point d'investiture, ni plus d'une attaque, <le manière que les Impériaux faisoient ce petit siège en pantoutles.
Le maréchal de Choiseul s'étoit approché d'eux , et le bruit de leur canon étoit une musique piquante à entendre. De secourir ce château rien ne le permettoit; d'attaquer le prince Louis, posté comme je viens de le représenter, parut entièrement impossible; restoit un troisième parti, c'étoit de s'aller placer sur une hauteur au deçà de la Nave qui commandoit leur attaque, et la faire cesser par nos batteries; mais en même temps il se trouva qu'il n'y avoit pas pour trois jours de fourrages, après quoi il faudroit se retirer. Ce dernier parti n'alloit donc qu'à leur faire suspendre trois jours durant leur siège pour leur laisser après toute liberté, et par cela même fut jugé ridicule. Ce que le maréchal de Choiseul fit de mieux , fut d'assembler tous les officiers généraux, de leur exposer l'état des choses, et de les obliger tous à dire leur avis l'un après l'autre tout haut et devant tous. Par ce moyen il coupa court à tous les propos qui pourroient se tenir et s'écrire , parce que chacun parlant tout haut devant tant de témoins, il n'y avoit plus de porte de derrière, et c'étoit ce que le maréchal s'étoit proposé. Dans cette espèce de conseil de guerre, chacun se regarda, et fut bien étonné d'avoir à dire si publiquement qu'il ne pût se dédire ou déguiser ce qu'il auroit dit. Aucun ne fut d'avis d'attaquer le prince Louis, sans ' exception, aucun ne fut d'avis d'aller sur cette hauteur pour ne faire que suspendre l'attaque d'Eberbourg et se retirer trois jours après, excepté Villars tout seul , dont tous se moquèrent. Il fut donc résolu de fee retirer quand il n'y auroit plus de fourrage ; et cependant d'Arcy se