‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 262 sur 374 · COUR DE LA PRINCESSE · texte numérisé non relu

COUR DE LA PRINCESSE

mères que cela éloit bien dur, et qu'elle s'en seroit fort bien passée. M. d'Aubifçné ne laissa ignorer i personne que sa sœur se moquoit de lui de lui faire accroire qu'il éloit dévot, qu'on l'assiégeoit de prêtres, •t qu'on le feroit mourir chez ce M. Doyen. Il n'y tint pas longtemps sans retourner aux filles, aux Tuileries, et partout où il put; maison le rattrapa, et on lui donna pour gardien un des plus plats prêtres de Saint- Sulpice, qui le suivoit partout comme son ombre, et qui le désoloit. Quelqu'un de meilleur aloi n'eilt pas pris un si sot emploi. Mais ce Madot n'avoit rien de meilleur à faire, et n'avoit pas l'esprit de s'occuper ni même de s'ennuyer. Il remboursoit force sottises, mais il étoit payé pour cela et gagnoit très-bien son salaire par une assiduité dont il n'y avoit peut-être que lui qui pût être capable. M. d'Aubigné n'avoit qu'une fille unique dont Mme de Maintenon avoit toujours pris soin, qui ne quittoit jamais son appartement partout, et qu'elle ëlevoit sous ses yeux comme sa propre fille.

J'arrivai à Paris avec la plupart de ce qui avoit servi en Flandre et en Allemagne , et j'allai tout aussitôt à Versailles où la cour ne faisoit guère qu'arriver de Fontainebleau. Mme de Saint-Simon y avoit été tout le voyage fort agréablement, et le roi me reçut avec toute sorte de bonté. Je trouvai une peiite tracasserie domestique , que je ne dédaignerai pas de mettre ici, comme l'entrée à des choses plus considérables, dont on aime à se souvenir des échelons, et qui expliquera aussi la cour naissante de la princesse sur qui tout le monde avoit les yeux , parce qu'elle faisoit déjà beaucoup l'amusement du roi et de Mme de Maintenon. La cour ne la voyoit que deux fois la semaine à sa toilette. Elle étoit donc renfermée avec ses dames, et le roi y en joignit quelques autres pour qu'elle ne vît pas toujours les mê.Ties visages , et c'étoit une extrême faveur pour celles qui eurent cette privance. Les duègnes furent les duchesses de Chevreuse, de Beauvilliers et de Roquelaure, la princesse d'HarcourtetMme de Soubise; quatre entre deux âges, dont trois comme nièces de la duchesse du Lude, qui furent les duchesses d'Uzès, de Sully , et Mme de Boufflers , et Mme de Beringhen ; et deux autres duègnes qui , sans être mandées, avoient liberté d'y aller tant qu'il leur plaisoit, c'étoient aussi des favorites, Mmes de Montchevreuil et d'Heudicourt; les autres n'y venoient que mandées. Les jeunes étoient trois femmes de secrétaires d'État, Mmes de Maurepas, de Barbezieux et de Torcy , et trois filles qui ne paraissoient en nul autre lieu qu'en ce particulier et chez leurs mères , Mlle de Chevreuse , Mlle d'Ayen et Mlle d'Aubigné. Les vieilles étoient peu mandées et s'excusoient souvent, et c'étoit plutôt une distinction qu'une compagnie ; les autres étoient pour l'amusement et surtout pour les promenades. Le roi et Mme de Maintenon n'y vouloient rien que du plus trayé dans leur goût, et le dessein étoit d'accoutumer ainsi la princesse par un petit nombre de tous âges, et de la former par la conversation et les manières des vieilles, et de la divertir par la compagnie des jeunes. On en demeura à ce nombre. Plusieurs essayèrent d'être admises qui furent relusées, entre autres la duchesse de Villeroy et les deux filles de M. le Grand, dont la duchesse du Lude fut fort mortifiée.

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