MARUGE DU COMTE D'AYEN
fices surtout , qu'elle n'avoit jamais pu entamer au P. àe La Chaise , tourna si bien le roi qui aimoit M. de Noailles, et à le rassurer sur ce qu'elle écarleroit Mme de Noailles de leurs particuliers, que le mariage fut agréé et tout aussitôt conclu.
Mme de Maintenon assura six cent mille livres sur son bien après elle , elle en avoit beaucoup plus , et point d'autre héritière. Le roi donna trois cent mille livres comptant ; cinq cent mille livres sur l'hôtel de ville ; pour cent mille livres de pierreries , avec les survivances du gouvernement de Roussillon , Perpignan , etc. , de M. de Noailles de trente-huit mille livres de rente au soleil; et de celui de Berry de M. d'Aubigné de trente mille livres de rente; et sur le tout une place de dame du palais. La déclaration s'en fit le mardi 11 mars. Le lendemain Mme de Maintenon se mit sur son lit au sortir de table, et les portes furent ouvertes aux compliments de toute la cour. Mme la duchesse de Bourgogne , tout habillée, y passa la journée tenant Mlle d'Aubigné auprès d'elle, et faisant les honneurs comme une particulière chez une autre. On peut juger si personne s'en dispensa, à commencer par Monseigneur. On y accourut de Paris, et Monsieur qui y étoit vint exprès. Le mardi , dernier mars, ils furent fiancés le soir à la chapelle, Mme la duchesse de Bourgogne et toute la cour aux tribunes , et la noce en bas. Tout ce qui en étoit avoit vu le roi chez Mme de Maintenon avant son souper. Le lendemain tard dans la matinée, Mme de Maintenon vint avec toute la noce à la paroisse, où M. de Paris dit la messe et les maria, d'où ils allèrent tous dîner chez M. de Noailles, dans l'appartement de M. le comte de Toulouse, qu'il lui avoit prêté. L'après-dîner, Mme de Maintenon, sur son lit, et la comtesse d'Ayen , sur un autre dans une autre pièce joignante , reçurent encore toute la cour. On s'y portoit , tant la foule y étoit grande, mais la foule du plus distingué. Le soir on soupa chez Mme de Maintenon avec elle et Mme la duchesse de Bourgogne, et les hommes dans une autre chambre. Après souper, on coucha les mariés dans le même appartement. Le roi donna la chemise au comte d'Ayen , et Mme la duchesse de Bourgogne à la mariée. Le roi les vit au lit avec toute la noce, il tira lui-même leur rideau, et ïeur dit pour bonsoir qu'il leur donnoit à chacun huit mille livres de pension. Le roi en même temps paya les dettes de M. de La Rochefoucauld , qui se montoient fort haut; ainsi il ne perdit pas tout au mariage de Mlle d'Aubigné, auquel j'ai oublié de remarquer que M. et Mme d'Aubigné se trouvèrent et furent à tout.
La joie de M. de La Rochefoucauld fut un peu troublée par la perte qu'il fit de son frère l'abbé de Marsillac : je dis un peu, parce que l'amitié n'étoit pas bien vive quoique bienséante. L'esprit, le bon sens, le goût de la bonne compagnie et la considération dégagée de celle de la naissance, de la faveur et des places, étoient devenus dans cette famille un apanage de cadets. Celui-ci et le feu chevalier de La Rochefoucauld son frère, qui étoient tendrement unis, avoient pleinement joui de ces avantages et de la douceur de beaucoup d'amis particuliers dont ils furent fort regrettés. Ils étoient fort goutteux , et on ne les voyoit jamais à la cour. Ceux qui ont vu M. de La Rochefoucauld père,