‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 286 sur 374 · MORT DÉ FERVAQUES; SON TESTAMENT · texte numérisé non relu

MORT DÉ FERVAQUES; SON TESTAMENT

prétendoient que l'abbé de Marsillac en faisoit fort souvenir dans ses manières et dans la conversation. Ce même apanage se maintint dans la deuxième génération; M. de Liancourt le recueillit tout entier , et il ne passa plus outre. Les abbayes de l'abbé de Marsillac furent sur-le-champ données à l'abbé de La Rochefoucauld , qui en avoit déjà beaucoup. 11 étoit oncle paternel de M. de La Rochefoucauld , et toutefois de son même âge. Il aimoit tant la chasse , que le nom d'abbé Tayaut lui en étoit demeuré. M. de La Rochefoucauld, à qui dans leur temps de misère il avoit donné tout le sien, l'aimoit avec une extrême tendresse et une grande considération. Il le logeoit et l'avoit toujours partout avec lui & la cour. C'étoit le meilleur homme, mais le plus court et le plus simple qui fût sur terre , et de la meilleure santé. Ni lui ni l'abbé de Marsillao n'étoient point dans les ordres.

M. le prince de Conti perdit son fils le prince de La Roche-sur-Ton qui n'avoit que quatre ans. Le roi en prit le deuil en noir. Il ne portoit point le deuil des enfants au-dessous de sept ans , et on ne l'avoit pas porté de ceux de lui et de la reine, mais il avoit voulu faire cet honneur-là à M. du Maine pour un des siens , et n'osa pas après cela ne le pas prendre de ceux des princes du sang. Il alla voir M. le prince et Mme la princesse de Conti. Les princes du sang s'y trouvèrent, et le reconduisirent jusque chez Mme de Maintenon.

Fervaques mourut en ce même temps, en revenant de Bourbon. C'étoit un vieux garçon , honnête homme , toujours galant , qui n'avoit jamais été marié , et qui avoit acheté , il y a longtemps , du grand prévôt , le gouvernement du Maine et du Perche qui vaut quatorze mille livres de rente. Il étoit riche, quoique frère cadet de Bullion. Leur mère étoit sœur aînée de la maréchale de La Mothe , qui vint demander au roi le gouvernement pour Bullion , qui en offroit deux cent mille livres pour celui qu'il lui plairoit gratifier. Sur-le-champ il l'accorda , donna à la maréchale douze mille livres d'augmentation de pension , et fit mander à Rosen qui étoit à Paris qu'il lui donnoit les deux cent mille livres de Bullion. La paix lui avoit fait perdre une assez bonne confis< cation que le roi lui avoit donnée.

Il se trouva un testament de Fervaques par lequel , entre autres legs , il donnoit à la duchesse de Ventadour la jouissance , sa vie durant , d'une terre de quatorze mille livres de rente , et malgré ces legs il revenoit fort gros à Bullion. Il avoit été conseiller au parlement de Metz, après avoir éprouvé à un siège qu'il n'étoit pas propre à la guerre, sans avoir pourtant rien fait de malhonnête. On s'aperçut à un repas à la tranchée qu'il ne mangeoit point; on l'en pressa, il répondit plaisamment qu'il ne mangeoit jamais qu'il ne fût sûr de la digestion. Il avoua franchement sa peur sans la témoigner autrement que par ses paroles. Il quitta à la fin de la campagne et n'en fut pas moins estimé.

Son père étoit fils de Bullion , surintendant des finances et président à mortier. Il fut président à mortier en survivance , et se laissa persuader d'en donner la démission pour une place de conseiller d'honneur et la charge de greffier de l'ordre. Son fils dont je parfois tout à l'heure ne prit une charge de conseiller au parlement de Metz qu'en passant. U

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