‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 290 sur 374 · DU DUC DE BEAUVILLIERS · texte numérisé non relu

DU DUC DE BEAUVILLIERS

tout pour sa mère et pour elle , et qu'elle gagna. L'orage grondoit , les courtisans s'en aperçurent; les envieux osèrent pour la première fois lever la tète ; Mme de Roucy , âpre à la vengeance , et plus encore à faire bassement sa cour à Mme de Maintenon , ne perdoit point de moments particuliers, et en rem portoit toujours quelque chose, et elle en triomphoit assez pour avoir l'imprudence de me le confier, quoiqu'elle n'ignorât pas ma liaison intime, tant la haine a d'aveuglement. Je recueillois tout avec soin; je le conférois en moi-même avec d'autres connoissances ; j'en raisonnois avec Louville à qui Pomponne, ami intime des deux ducs, se déploroit ouvertement, et apprenoit tout ce qu'il découvroit. Louville, à ma prière, avoit plus d'une fois parlé à M. de Beauvilliers; M. de Pomponne, de son côté, ne s'y étoit pas oublié , et tout avoit été inutile. Il ignoroit ce dernier et extrême danger; personne n'avoit osé lui en montrer le détail ; il ne le voyoit qu'en gros. Je me résolus donc à le lui faire toucher , et à ne lui rien cacher de tout ce que j'avois découvert et que je viens d'écrire.

J'allai donc le trouver, j'exécutai mon dessein dans toute son étendue , et j'ajoutai , comme il étoit vrai , que le roi étoit fort ébranlé. Il m'écouta sans m'interrompre et avec beaucoup d'attention. Après ra'avoir remercié avec tendresse, il m'avoua que lui, son beau-frère et leurs femmes s'apercevoient depuis longtemps de l'entier changement de Mme de Maintenon, de celui de la cour, et même de l'entraînement du roi. J'en pris occasion de le presser d'avoir moins d'attachement, au moins en apparence, pour ce qui l'exposoit si fort, de montrer plus de complaisance, et de parler au roi. II fut inébranlable : il me répondit sans la moindre émotion qu'à tout ce qu'il lui revenoit de plusieurs côtés, il ne doutoit point qu'il ne fût dans le péril que je venois de lui représenter; mais qu'il n'avoit jamais souhaité aucune place, que Dieu l'avoit mis en celles où il étoit: que quand il les lui voudroit ôter, il étoit tout prêt de les lui remettre; qu'il n'y avoit d'attachement que pour le bien qu'il y pouvoit faire; que, n'en pouvant plus procurer, il seroit plus que content de n'avoir plus de compte à en rendre à Dieu, et de n'avoir plus qu'à le prier dans la retraite où il n'auroit à penser qu'à son salut; que ses sentiments n'étoient point opiniâtreté, qu'il les jroyoit bons, et que les pensant tels, il n'avoit qu'à attendre la volonté le Dieu , en paix et avec soumission , et se garder surtout de faire la noindre chose qui pût lui donner du scrupule en mourant. Il ra'em- )rassa avec tendresse, et je m'en allai si pénétré de ces sentiments si ihrétiens , si élevés et si rares , que je n'en ai jamais oublié les paroles , ant elles me frappèrent, et que si je les racontois à cent fois diflérenes , je crois que je les redirois toutes et dans le même arrangement que e les entendis.

Cependant l'orage arriva au point de maturité , et en même temps un utre prodige. Les Noailles se servoient bien de M. de Paris pour peruader au roi par conscience un éclat qui retentît jusqu'à Rome , et i'ôter d'auprès des princes tout mauvais levain; mais ni le mari ni la smme n'osèrent jamais lui confier leur but : il étoit trop homme de ien , ils le connoissoient , ils auroient craint de lui égarer la bouche ,

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