‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 302 sur 374 · MADEMOISELLE DE LA GARNACHE · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE DE LA GARNACHE

comte de Foix, etc. , que Charles VII fit comte-pair de France en 1458 , et d'Éléonore, fille de Jean II, roi d'Aragon, et de sa seconde femme Blanche, reine héritière de Navarre. Éléonore en hérita, survécut Gaston son fils , et mourut quarante-deux jours après son couronnement à Pampelune.

Gaston son fils , prince de Viane , n'avoit laissé qu'un fils et une fille : le fils fut couronné i Pampelune , et mourut , trois mois après , à Pau en 1482, empoisonné tout jeune et sans alliance. Catherine, sa sœur unique, lui succéda, et fut aussi couronnée à Pampelune avec Jean d'Albret son mari , en 1494. Ils se brouillèrent et furent chassés de leur royaume en 1512, par Ferdinand le Catholique, roi d'Aragon, qui s'en empara , et depuis la Navarre est demeurée à l'Espagne. Ils en moururent tous deux de douleur, lui en 1516, elle en 1517 , et ne laissèrent d'enfants qui parurent que Henri d'Albret roi de Navarre, une comtesse d'Astarac-Grailly-Foix, morte sans enfants, et Isabelle, mariée en 1534 à René I" de Rohan , fils du second fils du maréchal de Gié , tellement que par l'événement René I" de Rohan épousa la sœur du père de Jeanne d'Albret , mère de notre roi Henri IV.

. Avec ce détail , je p^ense au moins qu'on ne m'accusera pas d'avoir di»« simulé rien des grandeurs de la maison de Rohan.

De ce mariage de René I" de Rohan et d'Isabelle d'Albret [sortirent] des fils qui ne parurent point , et une fille qui ne parut que trop ; mais par cela même fatal en bonheur suivi de branche en branche et de génération en génération à la maison de Rohan, [ce mariage] eut la première distinction qui ait été accordée à cette maison.

M. de Nemours , dont l'esprit , la gentillesse et la galanterie ont été si célébrés , fit un enfant à cette fille de Rohan , qu'on appeloit Mlle de La Garnache , sous promesse de mariage : en même temps il étoit bien avec Mme de Guise Toutes ces aventures-là me mèneroient trop loin ; c'étoit Anne d'Esté, dont la mère étoit seconde fille de Louis XII. M. de Guise fut tué par Poltrot; Mme de Guise, après avoir gardé les bienséances, voulut épouser M. de Nemours. Lui ne demandoit pas mieux, et cependant amusoit Mlle de La Garnache. Enfin , l'amusement fut si long qu'elle s'en impatienta , et qu'elle en découvrit la cause. La voilà aux hauts cris , et Mme de Guise sur le haut ton que lui faisoient prendre la splendeur de sa mère, et la puissance de la maison de Guise dont elle disposoit , et qui , pour ses grandes vues , trouvoit son compte dans ce second mariage. Il n'en falloit pas tant pour émouvoir la reine de Navarre Jeanne d'Albret et tout ce qui tenoit à son parti et aux princes de Bourbon contre les Guise.

La reine de Navarre protesta avec tout cet appui qu'elle ne souffriroit ps que M. de Nemours fît cet affront à une fille qui avoit l'honneur d'être sa nièce, et le pauvre M. de Nemours étoit bien embarrassé. Personne des intéressés ne faisoit là un beau personnage. Mme de Guise irouloit enlever M. de Nemours à sa parole de haute lutte. M. de Nemours îonvenoit de l'avoir donnée; il n'osoit y manquer, et pourtant ne la /ouloit point tenir. La bonne La Garnache demeuroit abusée, et en ittendant ce qui arriveroit de son mariage, faisoit de sa turpitude la SAurr-SutoN i 16 .

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