ABBÉ DE BOUILLON
raines , aucun n'a été prélat en France , ni été en Sorbonne , et toutes ces choses sont des faits certains.
Il faut donc dire que le cardinal de Bouillon est celui en faveur duquel ils ont été inventés. Il étoit né en août 1643 , et fut cardinal en août 1669. Il avoit donc vingt-six ans quand il le fut , et c'est dans cet intervalle qu'il obtint ces honneurs en Sorbonne. La façon dont il fut cardinal montrera toute seule comment ces distinctions lui furent déférées eo Sorbonne.
M. de Turenne fut fait maréchal général des camps et armées de France , le 7 avril 1660, la cour étant à Montpellier. Son neveu avoit alors dixsept ans. Cette époque marque donc bien en quelle situation étoit M. de Turenne. Elle ne déchut pas depuis, et personne n'ignore le degré de faveur, de crédit, d'autorité, où a toujours été ce grand homme, depuis qu'après tant d'écarts il se fut sincèrement attaché au roi et au gouvernement la dernière fois. Il seroit aussi difficile de ne savoir pas l'attachement extrême qu'il eut pour la grandeur et les distinctions de sa maison , qui toute sa vie le conduisit et fut sa passion dominante, et tous les avantages qu'il sut lui procurer par toutes sortes d'occasions et de moyens.
Il regarda son neveu comme y pouvant beaucoup contribuer en le poussant dans l'Église; et M. de Péréfixe, archevêque de Paris, dans la confiance et le crédit où il étoit à la cour, comme un instrument trèspropre à l'avancer. Il étoit son ami , et ce prélat s'en faisoit un grand honneur. Il lui recommanda fort son neveu , qui eut l'esprit de lui faire une cour assidue , et de le gagner aussi personnellement. Il arriva que M. de Louvois , déjà considérable par soi aussi bien que par son père , et qui n'avoit ni sa modestie ni sa retenue , imagina de capter si bien l'évêque de Langres, qu'il fit l'abbé Le Tellier, son frère, son coadjuteur. Ce prélat étoit ce fameux abbé de La Rivière , qui avoit si longtemps gouverné M. Gaston, qui par là avoit tant figuré pendant les troubles de la minorité du roi, qui étoit devenu ministre, qui avoit tant fait compter tous les partis avec lui , qui avoit eu la nomination au cardinalat , et qui , tout homme de rien qu'il étoit , et enfin perdu , eut en dédommagement de ce qu'il avoit été et prétendu cet évêché , duchépairie et force bénéfices. Il savoit par expérience active et passive ce que peuvent les ministres. Il fut ravi de s'acquérir M. de Louvois et son père, et alla avec les deux frères dire sa résolution à M. Le Tellier. Celui-ci fut épouvanté d'un siège de cette dignité ; mais l'affaire étoit faite , il ne put s'empêcher de se joindre à eux pour la faire agréer au roi.
Le bruit qu'elle fit réveilla le cardinal Antoine Barberin, archevêqueduc de Reims; sa puissance et sa chute à Rome, la protection que le cardinal Mazarin lui avoit accordée et à sa famille fugitive en France, ne lui avoit pas donné moins d'expérience et d'instruction qu'à La Rivière, touchant les ministres. Il accourut dès le lendemain chez Le Tellier, où il envoya chercher ses fils, leur fit de grands reproches de s'être adressés à M. de Langres plutôt qu'à lui , et de ce pas alla demander au roi la coadjutorerie de Reims pour l'abbé Le Tellier , et l'obtint sur-le-champ.