‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 366 sur 374 · MADAME DE SAINT-GÉRAN RAPPELÉE · texte numérisé non relu

MADAME DE SAINT-GÉRAN RAPPELÉE

apparenté dans la robe ; il s'appeloit M. Larcher , et qui n'oublia pas de faire souvenir le chancelier Boucherat qu'il coraploit deux grands-oncles paternels parmi ses prédécesseurs, chose, bien qu'élective, qui le flattoit d'autant plus que sa famille toute nouvelle n'avoit rien de mieux à se vanter. Le roi à la fin voulut juger l'affaire au conseil de dépèches. M. le Prince , gouverneur de Bourgogne , et Ferrand , intendant de la province , furent consultés ; leur avis fut favorable à M. de Citeaux , qui gagna son procès.

Le retour de Mme de Blansac à la cour, que M. de La Rochefoucauld avoit obtenu tout à la fin de l'année dernière, fut d'un bon augure à une autre exilée. Mme de Saint-Géran, en femme d'esprit, comme on l'a vu ici en son temps, n'avoit point voulu profiter de la liberté qui lui avoit été laissée dans son éloignement de la cour. Elle s'étoit retirée à Rouen dans le couvent de Bellefonds , ainsi nommé des biens que la famille du maréchal de Bellefonds y a faits , et du nombre de ses sœurs et de ses parentes qui y ont été supérieures et religieuses. Mme de Saint- Géran avoit passé sa jeune9se chez le maréchal de Bellefonds et chez la vieille Villars sa tante; ce fut la retraite qu'elle choisit, et d'où elle ne sortit pas une seule fois. Elle avoit beaucoup d'amis à la cour, qui firent si bien valoir sa conduite , qu'elle fut rappelée , accueillie comme en triomphe, et incontinent après logée au château, et de tout mieux qu'auparavant , mais de sa part avec plus de précaution et de sagesse.

Le comte d'Auvergne, qui n'étoit ni d'âge ni de figure à être amoureux , l'avoit été toute sa vie et l'étoit éperdument de Mlle de Wassenaer lorsque sa femkne mourut. Il vint aussitôt après demander permission au roi de l'épouser et de l'amener en France. La grâce étoit singulière, pour ne rien dire de la bienséance si fort blessée dans cette précipitation. Mlle de Wassenaer étoit HoUandoise, d'une maison ancienne, chose rare en ce pays-là, et fort distinguée parmi le peu de noblesse qui y est demeurée, par conséquent calviniste. Il étoit donc contre tous les édits et déclarations du roi , depuis la révocation de l'édit de Nantes et l'expulsion des huguenots, d'en épouser une, et contre toutes les règles que le roi s'étoit prescrites et qu'il avoit exactement tenues , d'eu souffrir la demeure en France. Le roi avoit passé s,i vie à être amoureux , Mme de Maintenon aussi. Le comte d'Auvergne les toucha par la similitude, et leur dévotion par l'espérance de gagner une âme à Dieu, en procurant la conversion de cette fille , ce qui ne se pouvoit que par ce mariage. Il obtint donc tout ce qu'il demanda, et s'en retourna au plus vile l'épouser et la ramener en France. Elle parut à Paris et à la cour mériter l'amour d'un plus jeune cavalier , et sa vertu , sa douceur , sa conduite charmèrent encore plus que sa figure et le public et la famille même du comte d'Auvergne , jusqu'à ses enfants , avec qui elle accommoda leurs affaires et mit la paix entre eux. On verra bientôt qu'elle ne tarda pas à se convertir , mais de la meilleure foi du monde , et après s'être donné tout le temps et tout le soin d'être bien instruite et pleinement convaincue.

Une ambassade du roi de Maroc que Saint-Olon, envoyé du roi en ce pays-là, en ramena, amusa tout Paris à aller voir ces Africains. C'étoit

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