‹ Mémoires complets et authentiques du duc de Saint-Simon, sur le siècle de Louis XIV et la Régence (volume 5)Chapitre 41 sur 374 · PROMOTION DE SEPT MARÉCHAUX · texte numérisé non relu

PROMOTION DE SEPT MARÉCHAUX

cessaire pour leur donner le caractère. M. de Duras ne l'a prêté que parce que les gens du roi , qui en touchent gros , s'avisèrent enfin qu'il n'avoit prêté ni celui de maréchal de France ni celui de gouverneur de Franche-Comté , et l'obligèrent par le roi de le prêter plus de trente ans après.

J'étois au dîner du roi ce même jour. A propos de rien, le roi regardant la compagnie : a Barbezieux, dit-il apprendra la promotion des maréchaux de France par les chemins. » Personne ne répondit mot. Le roi étoit mécontent de ses fréquents voyages à Paris où les plaisirs le délournoient. Il ne fut pas fâché de lui donner ce coup de caveçon et de faire entendre aussi le peu de part qu'il avoit en la promotion.

Le roi l'avoit dit au duc de Noailles en entrant au conseil, mais avec défense d'en parler à personne , même à ses collègues. Sa joie ne se peut exprimer, et il avoit plus raison dêtre aise que pas un des autres.

L'engouement du duc de Villeroy dura plusieurs années. Tourville fut d'autant plus transporté que sa véritable modestie lui cachoit sa propre réputation , et qu'il n'imaginoit pas même d'être maréchal de France si on en faisoit, quoiqu'il le méritât autant qu'aucun d'eux pour le moins, de l'aveu général. Choiseul et Joyeuse parurent fort modérés, comme des seigneurs qui raéritoient cet honneur et l'espéroient depuis longtemps. Ils dînoient ensemble à Paris lorsqu'un capitaine d'infanterie arriva en poste , satisfait d'avoir ouï nommer Joyeuse à qui il l'apprit , et ne s'étoit point informé des autres; de sorte que Choiseul fut une demiheure dans un état violent jusqu'à ce que le courrier arriva. Ils allèrent le soir à Versailles et prêtèrent serment le lendemain avec les troisautres.

Cette promotion fit une foule de mécontents, moins de droit par mérite que pour s'en donner un par les plaintes; mais de tous ceux-là le monde ne trouva mauvais que l'oubli du duc de Choiseul , de Maulevrier et de Montai. Ce qui exclut le premier est curieux. Sa femme, sœur de La Vallière , belle et faite en déesse , ne bougeoit d'avec Mme la princesse de Conti . dont elle étoit cousine germaine et intime amie. Elle avoit eu des galanteries en nombre , et qui avoient fait grand bruit. Le roi , qui craiguoit cette liaison étroite avec sa fille , lui avoit fait parler, puis l'avoit mortifiée, ensuite éloignée, et lui avoit après toujours pardonné. La voyant incorrigible et n'aimant pas les éclats par lui-même, il le voulut faire par le mari, et se défaire d'elle une fois pour toutes. Il se servit pour cela de la promotion , et chargea M. de La Rochefoucauld , ami intime du duc de Choiseul , de lui représenter le tort que lui faisoit le désordre public de sa femme . et de le presser de la faire mettre dans un couvent, et de lui faire entendre, s'il avoit peine à s'y résoudre, que le bâton qu'il lui destinoit étoit à ce prix.

Ce que le roi avoit prévu arriva. Le duc de Choiseul , excellent homme de guerre , étoit d'ailleurs un assez pauvre homme et le meilleur homme du monde. Quoique vieux, un peu amoureux de sa femme qui lui faisoit accroire une partie de ce qu'elle vouloit, il ne put se résoudre à un tel éclat , tellement que M. de La Rochefoucauld à bout d'éloquence fut obligé d'en venir à la condition du bâton. Cela même gâta tout. Le duc de Choiseul s'indigna que la récompense de ses services et de la réputation Saoit-Suion X 2

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