MORT DE MADEMOISELLE
qu'il avoit justeraont acquise à la guerre , se trouvât attachée à une affaire domestique qui ne regardoit que lui , et refusa avec une opiniâtreté qui ne put être vaincue. Il lui en coilta le bâton de maréchal de France, dont le scandale public éclata. Ce qu'il y eut de pis pour lui , c'est que sa femme bientôt après fut chassée , et qu'elle en fît tant que le duc de Choiseul enfin n'y put tenir , la chassa de chez lui et s'en sépara pour toujours.
Maulevrier avoit beaucoup de réputation à la guerre et il la méritoit. Elle lui avoit valu l'ordre malgré M. de Louvois, un gros gouvernement et force commandements en chef. Le "Toi le crut assez récompensé et le laissa. Ce pauvre homme en conçut une si violente douleur qu'il ne survécut pas deux mois à la promotion de ces sept cadets. Croissy, son frère, ministre et secrétaire d'État, en fut outré, mais il n'osa le trop paroître.
Montai étoit un grand vieillard de quatre-vingts ans , qui avoit perdu un œil à la guerre, où il avoit été couvert de coups. Il s'y étoit infiniment distingué , et souvent en des commandements en chef considérables. 11 avoit acquis beaucoup d'honneur à la bataille de Fieurus et encore plus de gloire au combat de Steinkerque, qu'il avoit rétabli. Tout cria pour lui, hors lui-même. Sa modestie et sa sagesse le firent admirer. Le roi même eu fut touché et lui promit de réparer le tort qu'il lui avoit fait. Il s'en alla quelque peu chez lui, puis revint et servit par les espérances qui lui avoient été données et qui furent trompeuses jusques à sa mort.
Mademoiselle , la grande Mademoiselle qu'on appeloit [ainsi] pour la distinguer de la fille de Monsieur, ou, pour l'appeler par son nom, Mlle de Montpensier, fille aînée de Gaston, et seule de son premier mariage, mourut en son palais de Luxembourg, le dimanche 5 avril, après une longue maladie de rétention d'urine, à soixante-trois ans, la plus riche princesse particulière de l'Europe. Le roi l' avoit visitée , et elle lui avoit fort recommandé M. de Joyeuse , comme son parent, pour être fait maréchal de France. Elle cousinoit et distinguoit et s'intéressoit fort en ceux qui avoient l'honneur de lui appartenir, en cela, bien que trèsaltière , fort diflérente de ce que les princes du sang sont devenus depuis à cet égard. Elle portoit exactement le deuil de parents même très-médiocres et très-éloignés , et disoit par où et comment ils l'ctoient. Monsieur et Madame ne la quittèrent point pendant sa maladie. Outre la liaison qui avoit toujours été entre elle et Monsieur, dans tous les temps, il muguetoit sa riche succession , et fut en effet son légataire universel. Mais les plus gros morceaux avoient échappé.
Les Mémoires publics de cette princesse montrent à découvert sa foiblesse pour M. de Lauzun, la folie de celui-ci de ne l'avoir pas épousée dès qu'il en eut la permission du roi , pour le faire avec plus de faste et d'éclat. Leur désespoir de la rétractation de la permission du roi fut extrême, mais les donations du contrat de mariage étoient faites et subsistèrent par d'autres actes. Monsieur, poussé par M. le Prince , avoit pressé le roi de se rétracter, mais Mme de Montespan et M. de Louvois y eurent encore plus de part , et furent ceux sur qui tomba toute la fureur de Mademoiselle et la rage du favori ; car M. de Lauzun l'étoit.